En résidence de création

La Méditerranée referme ses bras
Laure Limongi

■ Août-septembre puis novembre 2018
■ Marseille

La Méditerranée referme ses bras

Écrire sur les migrations méditerranéennes au sein desquelles Marseille joue un rôle majeur, et plus particulièrement s’intéresser aux Corses, par essence un peuple de l’exil, pris en étau entre diverses mythologies…

Note d’intention de l’autrice

Alors qu’il ne faisait que des apparitions discrètes dans mes précédents livres, l’espace d’où je viens, la Méditerranée, s’impose ces derniers mois comme matière littéraire privilégiée.

Je viens de terminer un manuscrit – à paraître chez Grasset – qui s’intéresse à la Corse et à la notion d’identité insulaire, à la fois à travers un prisme fictionnel et documentaire. À présent, j’aimerais poursuivre un travail de plus longue haleine concernant les migrations méditerranéennes au sein desquelles Marseille joue un rôle majeur. Plus particulièrement, m’intéresser aux Corses de Marseille, présents dès sa fondation, dit la légende, et dont la population est à présent estimée entre 220 000 et 270 000 selon les sources, c’est-à-dire davantage que la population de Bastia, Ajaccio et Corte réunies – la Corse toute entière comptant 330 000 habitants. La diaspora corse dans son ensemble est estimée entre 800 000 et 2,1 millions de personnes. C’est, par essence, un peuple de l’exil, pris en étau entre diverses mythologies : le fantasme permanent du retour, la nostalgie, le désir d’ascension sociale (moteur du départ), parfois aussi, l’attraction pour l’aventure. Les Corses de la diaspora, en général, conjuguent leur culture d’origine avec celle de leur lieu d’arrivée. L’historienne Marie-Françoise Attard-Maraninchi décrit ce phénomène dans le quartier du Panier, à Marseille, dans son livre Le Panier, village corse à Marseille.

Dans les années 1880 qui sont au cœur de mes recherches actuelles, ce qui pousse les Corses à partir, c’est la pauvreté. La situation économique sur l’île est devenue intenable et beaucoup s’engagent dans la navigation, pour commencer – ils deviennent ensuite commerçants, agents de la fonction publique… –, avec Marseille comme port d’attache.

En m’interrogeant sur l’émergence de cette sphère de recherche créative, il me semble qu’outre le fait que ce soit lié à un désir ancien longtemps reporté – je ne trouvais pas la forme adéquate pour ce sujet –, la question de la migration qui bouleverse nombre d’entre nous aujourd’hui, notre mare nostrum devenant trop souvent un tombeau, s’est affirmée comme l’axe pouvant permettre de mener à bien ce livre. Il me semble qu’en ce qui me concerne, l’aborder par un biais historique peut permettre d’éclairer des sentiments que nous traversons aujourd’hui, inscrits dans un cycle mouvant de rapports de pouvoir, de domination économique entre nord et sud.

Marseille est donc le lieu privilégié où mener mes recherches et écrire une partie de ce livre, la ville s’affirmant historiquement comme un carrefour de la Méditerranée où coexistent en bonne entente les différents arrivants, avec, donc une importante diaspora corse.

Enfin, je souhaite expérimenter, avec ce livre, la forme du roman d’aventure.

Laure Limongi

En son et en images…


La première chose que je peux vous dire…

La « revue radiophonique », enregistrée en public à Marseille, puis diffusée sur les ondes de Radio Grenouille et en podcast sur la plateforme Ausha.


Extrait du poème « Mare nostrum »

l’île dessine un œil minéral
on dirait qu’il flotte
têtu
tournant sur lui-même

la Méditerranée referme ses bras
sur ses enfants
indifférente aux guerres
aux huiles solaires
aux naufrages

Le lieu de résidence

À Marseille, La Marelle dispose de deux appartements indépendants, l’un sur le site de la Friche la Belle de Mai, l’autre à proximité du Palais Longchamp.

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