Un jeune réfugié syrien rêve de commencer une vie nouvelle en France, d’oublier un passé douloureux et de se sentir enfin à sa place. Une chambre à soi, est-ce un espoir illusoire pour un émigré ?

Made in La Marelle

Omar Youssef Souleimane

Une chambre en exil

Flammarion, mars 2022

Description de l’éditeur

Un jeune réfugié syrien rêve de commencer une vie nouvelle en France, d’oublier un passé douloureux et de se sentir enfin à sa place. Une chambre à soi, est-ce un espoir illusoire pour un émigré ?

Installé temporairement à Bobigny, ce qu’il voit, ce qu’il entend fait resurgir des bribes de ce qu’il a fui. Dans ce monde où se croisent d’éternels exilés, la complexité de leur rapport à la France se heurte au poids d’un islam radical. Attiré par sa voisine, Violette, jeune femme libre et volontaire qui le trouble, il se met à fréquenter un lieu dirigé par un imam politisé et doit affronter, en tant qu’Arabe, l’intensité de la banlieue et la nostalgie d’un pays natal qui n’existe plus.

Politiques et victimes, dealers errants et fervents religieux, piliers de bar PMU et personnel de préfecture défilent dans le livre à travers les rencontres du narrateur, et son propre regard de Candide venu d’ailleurs.

Source : Flammarion

Extrait

Tout ce qui me manque en ce moment, c’est le silence, le repos. Après une longue journée passée à transbahuter mes affaires jusqu’au deuxième étage, les ranger, je me retrouve allongé, mon dos est un soldat après une bataille.

Je balaie du regard cette chambre de 18 mètres carrés, où je resterai longtemps, m’enracinerai, me reconstruirai. Je vais trouver un travail, continuer mes études, et oublier les jours noirs, ceux de la guerre. Et, qui sait, rencontrer à nouveau une femme.

Enfin un lieu à moi, un lieu indépendant, où je peux fermer ma porte et m’isoler du monde entier. Depuis mon arrivée en France, j’ai logé chez des connaissances ; dans la maison d’une famille disposant d’une pièce libre, puis dans l’appartement de mon prof de français. J’étais comme un train cherchant le terminus.

Dès que j’ai vu cette chambre, je suis tombé amoureux de sa grande fenêtre. Peu m’importait que l’ancienne locataire m’ait appris qu’un des murs était humide, ça ne me dérangeait pas. Je suis en train d’effacer l’humidité de mes jours. D’abord faire face à la difficulté de vivre en tant que réfugié, l’état des murs viendra plus tard, beaucoup plus tard.

Si elle avait su quelles épreuves j’ai traversées pour arriver ici, elle n’aurait pas dit cela. Je notais des numéros, téléphonais, discutais, faisais des visites. Mon but était d’avoir une pièce calme en région parisienne, peu importait la surface. C’est en effectuant ce périple que je suis devenu addict. Dans ma tête, l’image de Charlie Chaplin dans Les Temps modernes s’impose : lorsqu’il travaille dans l’usine à serrer des boulons. Quand le patron fait tourner la machine plus vite, Chaplin se met au diapason et devient fou : il veut serrer tout ce qui se présente à lui. C’était mon cas avec les logements. Quand je voyais une nouvelle annonce, j’envoyais tout de suite un message, sans m’attarder sur les détails : « Je suis intéressé par votre annonce… » Et je composais un numéro de téléphone. On me demandait mon origine, à cause de mon accent, et, dès qu’on savait que j’étais syrien, invariablement la réponse était : « Désolé, monsieur, le logement n’est plus disponible. »

Certains posaient une autre condition : pour un studio à 600 euros, il fallait que le locataire gagne au moins 2000 euros par mois et que le garant soit lui-même propriétaire.

Le premier à qui j’ai téléphoné disposait d’un T1 de 8 mètres carrés, dans le 12e, sans cuisine ni mobilier, au septième étage sans ascenseur, pour 700 euros hors charges. Il m’a expliqué que l’avantage de ce studio, c’est qu’il avait une très bonne douche. Il m’a proposé de le visiter, d’apporter mon dossier et celui de mon garant. Je lui ai suggéré de ne louer que la douche.

Le dernier propriétaire voulait louer une chambre au black pour éviter de la déclarer. Pour lui, un contrat ne signifiait rien. Il m’a dit texto : « Si tu ne paies pas, je te jette dehors sans tarder. Je me fous de l’État, de la police, de ton garant, ma seule loi, c’est celle d’Allah. »

Finalement, le hasard a joué son rôle ; mon prof de français est tombé sur l’annonce d’une de ses amies qui apprécie la Syrie : elle s’était rendue une fois à Damas, avait aimé la vieille ville, le peuple syrien… alors, elle a accepté de me louer son bien.

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