En résidence de création

Briquet Bic
Julien Mabiala Bissila et Anne Alix

■ Juin 2019, puis 2020
■ Marseille

Le projet

Quand la réalisatrice Anne Alix convie l’écrivain congolais Julien Mabiala Bissila à s’emparer d’une première version du scénario de son prochain film, ça n’est pas seulement parce que celui-ci se déroulera sur le continent africain. C’est surtout parce qu’elle souhaite que la fable s’empare du réel. Ou l’inverse…

Julien va donc mettre de la fable dans le scénario imaginé par Anne. Ça tombe bien, c’est ce qu’elle souhaite ! Car ça n’est pas vraiment un scénario qu’elle attend en associant un écrivain à son projet, plutôt une incursion de la fiction dans le réel, tout comme le réel, elle le sait et elle l’espère, va parasiter le récit imaginé. Au final, la nature du texte issu de cette résidence est encore mystérieuse. Et c’est tant mieux…

Note d’intention de la réalisatrice

« Briquet Bic » vient de loin : la lecture dans les années 1990 d’un article qui relatait des actes de piraterie dans le port gigantesque de Lagos (Nigeria). Ce qui m’a fait imaginer un équipage aux yeux crevés en quête de sa vengeance, remontant, accompagné d’un enfant jusqu’au cœur de l’Afrique. Sans s’en apercevoir, mes personnages aveugles conduits par l’enfant-guide remontaient le temps en même temps que l’Afrique. Le conte était posé d’emblée et l’envie d’une exploration du monde et de l’humanité car au travers de leur soif de vengeance contemporaine se découvrait et s’interrogeait le fil sans fin de la violence humaine (colonisation, esclavage etc.). Pendant un certains temps, j’ai nourri ce projet de loin en loin, puis l’ai laissé dormir. Plus de 20 ans après, et aguerrie par mon premier long métrage, vient pour moi le moment de m’y atteler concrètement. Ne connaissant pas l’Afrique noire, il m’a paru évident de m’associer avec un auteur africain. Ce sera Julien Bissila dont les écrits m’ont impressionné par leur acuité, leur humour et leur vitalité. Cette écriture à quatre mains (deux noires, deux blanches) m’est essentielle. Ce que je lui propose, ce n’est pas simplement de nourrir la part africaine de l’histoire, mais de s’emparer du récit et de le prolonger depuis sa place, dans un processus de coconstruction qui déplace les lignes et travaille la rencontre.

L’intuition première reste : interroger, depuis le territoire de l’Afrique, la violence du monde et la possibilité (ou non) de s’en extraire ; rester dans la forme conte, structure universelle et transversale qui parle à tous. Mais la temporalité change, ce sera un conte moderne, bien ancré dans le Congo d’aujourd’hui. Julien est Congolais, et la puissante forêt équatoriale me paraît le lieu initiatique propice au parcours de mes héros – maintenant réduits au nombre de deux (en miroir peut-être de nos deux regards) : un jeune européen et une adolescente africaine. Malo et Gladys (elle-même métis bantou-pygmée) seront clairement des enfants du 21e siècle, vivant dans un monde unifié dont ils ont intégrés plus ou moins consciemment les valeurs et avec lequel ils partagent à leur manière le mode de vie. Si loin, si proches… Au cours de leur périple, ils traverseront différents temps/états du monde inextricablement mêlés à l’intérieur du présent : l’Afrique mondialisée, l’Afrique colonisée et/ou coloniale, l’Afrique des origines. Enfants de cette histoire, de sa complexité et de ses impasses (ô combien criantes aujourd’hui), ils devront s’en dépêtrer pour espérer s’inventer un futur vivable.

Suite au premier travail d’écriture, j’aimerais voyager au Congo en compagnie de Julien Bissila : pré-repérages et pré-casting, mise à l’épreuve de l’histoire que nous aurons écrite pendant lequel paysages, lieux et rencontres réelles viendront aussi modeler le possible du film. La trame écrite se remplira à nouveau du réel des autres, offrant une ainsi une matière supplémentaire, vivante, souvent inattendue et riche qui donnera son épaisseur palpable au film.

Anne Alix



Comment l’auteur a reçu la proposition

J’ai rencontré Anne Alix plusieurs fois à Marseille au théâtre de la Cité par le biais de Florence Lloret. J’avais déjà vu son documentaire Omegaville que j’ai beaucoup apprécié. Quand elle m’a proposé de travaille sur une fiction, j’étais a ce moment à Kinshasa. Je suis rentré excité à l’idée d’en savoir plus sur ce projet. Notre rencontre a coïncidé avec la sortie de son film Il se passe quelque chose que j’ai beaucoup aimé. Et je crois avoir compris en regardant ce film ce qu’elle voulait faire en m’invitant à travailler avec elle. En Afrique j’ai l’impression que tout le monde est conteur. Ou presque. Je pense que c’est le fait de pratiquer l’oralité au quotidien par défaut. L’écriture est un pneu de secours. La parole est au centre.

Par exemple : Une bagarre éclate dans un coin de rue, les premiers témoins relatent les événements qu’ils viennent de vivre à ceux et celles qui n’étaient pas là au moment où la bagarre a eu lieu. Puis ces dernier·ère·s prennent la relève comme des reporters et ainsi de suite. Après deux jours, on raconte encore la même bagarre par des gens qui n’y étaient pas mais avec la même intensité voire plus que ceux et celles qui y étaient présents. On y met un peu de soi, capables de contredire même ceux qui y étaient. C’est ainsi que naissent des histoires avec des versions presque fantastiques. C’est le travail du conteur. La télé, la radio, les journaux sont des compléments d’informations, ils sont secondaires : la vérité est dans la rumeur qui circule. Ça s’appelle « Radio trottoir » et moi, j’aime raconter ces histoires. Le sujet de ce film ? La traversée ? Remonter le temps ? Les visages de la violence ?… Le continent africain regroupe plusieurs Afriques complexes. Traverser ces Afriques est presque impossible mais raconter notre version du temps et des bruits de ces Afriques est possible par le biais de la fable. Partir d’un port (l’eau, les bateaux, les marins, les pirates) pour remonter la ville, les terres, le temps…m’intéresse énormément.

Julien Mabiala Bissila

Temps publics et restitutions

 Julien Mabiala Bissila et Anne Alix ont participé à la rencontre suivante :

  • Cousinages #4, les apéros d’Aglaé & Sidonie
    Jeudi 13 juin 2019, 18h30 à 20h00 – Aglaé & Sidonie, 18 rue Beauvau, Marseille
    Ce nouveau lieu marseillais, à deux pas de l’Opéra, mixe les propositions : petite restauration, vente d’objets et d’accessoires, spots culture, salon de thé… La Marelle a proposé, lors de ses premiers mois d’ouverture en 2018 et 2019, d’y inviter quelques auteur·rice·s en résidence, en les associant à des artistes marseillais·es, pour un principe de rencontres et de lectures croisées.

Le lieu de résidence

À Marseille, La Marelle dispose de deux appartements indépendants, l’un sur le site de la Friche la Belle de Mai, l’autre à proximité du Palais Longchamp.

Une partie de la résidence s’est en outre effectuée « à distance », en particulier sur le continent africain.

Précédent projet (2016) de Julien Mabiala Bissila

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