
Il ne sut comment faire pour remonter sur son embarcation, et il est possible qu’il en eût perdu l’envie ou l’idée. C’est pourquoi, selon certaines chroniques, du reste peu fiables, il termina son périple les pieds dans la vase, en poussant son embarcation. Mais nul n’aura eu l’audace de dire si, là où il accosta, il fut accueilli par des démons, des images vivantes, ou par les magnifiques communards de la Troisième Union soviétique.
Made in La Marelle
Infernus Iohannes
Retour au goudron. Dernière livraison
Présentation
L’ultime œuvre du post-exotisme.
Une des plus grandes aventures de la littérature française contemporaine, portée depuis 40 ans par Antoine Volodine, s’achève en grandeur avec la publication concomitante de onze volumes, par onze éditeurs différents, en cette rentrée 2026. La Marelle est l’un de ces onze éditeurs…
Antoine Volodine a été accueilli en résidence (rendue virtuelle par les circonstances) par La Marelle et le Frac Sud — Cité de l’art contemporain, en 2020 et 2021. C’est au cours de cette période qu’une partie non-négligeable de l’écriture des 343 brochures bardiques a été réalisée, puis, dans les dialogues menés entre nous pour imaginer comment rendre compte de ce travail, qu’est née chez Antoine Volodine l’idée de réaliser une grande performance éditoriale à l’occasion de la fin ce chantier.
Dernière livraison
Avant-propos d’Antoine Volodine
Signé par le collectif Infernus Iohannes, Retour au goudron est une performance, et c’est aussi l’ultime titre de l’édifice post-exotique. Il est constitué d’une somme de 343 brochures qui, numéro après numéro, font voyager lecteurs et lectrices dans le monde étrange, dans le monde flottant qui succède au décès et que les bouddhistes nomment Bardo. Rubriques régulières, photographies d’une ville disparue, récits de rêve, narrations hallucinées, plongées dans des univers fantômes… Plusieurs milliers de pages qui, comme depuis longtemps l’a annoncé le porte-parole des écrivains post-exotiques, Antoine Volodine, s’achèvent sur la fameuse phrase « Je me tais ».
De cet ensemble, divisé en quinze « livraisons », des proses romanesques ont été extraites. Des histoires regroupées par familles et par sujets pour former des volumes indépendants, qui paraissent aujourd’hui en une seule fois, à une même rentrée littéraire, chez onze éditeurs différents. Une telle entreprise n’aurait pu se concrétiser sans la belle complicité de ces éditeurs avec le projet post-exotique. Qu’ils en soient ici vivement remerciés.
A.V.
Dernière livraison
On a, avec Dernière Livraison, l’un des onze volumes publiés sous le titre de Retour au goudron, et qui reprend dans leur intégralité les sept dernières brochures bardiques, une idée de ce à quoi peut ressembler l’objet inclassable, non publié à ce jour, de la totalité des 343 numéros.
Dans ce volume, composé des septs ultimes cahiers bardiques, on trouve donc :
— sept titres, avec des auteurs le plus souvent fantaisistes, avec à chaque fois une liste « du même auteur » ou « des mêmes auteurs »
— des « brèves de dortoir », bref récits de rêves collectés au saut du lit, livrés bruts, sans commentaires ni embellissements, et une partie ultime intitulée « brèves de mouroir » (avec la fameuse dernière phrase « Je me tais. »)
— des photos d’un lieu désormais fantôme : le « port intérieur » de Macau au temps où il n’avait pas encore été détruit
— un texte en prose, « Le voyage de Gompo », qui se poursuit de titre en titre. Ce récit narre la traversée, celle de Gompo et de sa compagne involontaire Giulietta à bord d’un radeau pompeusement nommé hydroplane, d’un paysage de marécages qui semblent interminables. Ils demeurent longtemps étrangers l’un à l’autre, silencieux, affrontant ensemble mais sans les partager la pesée sur eux du ciel infini, l’angoisse de s’être égarés parmi les herbes, les brumes nauséabondes, la lenteur affolante de leur progression. Puis la pluie les rapproche…




