Je confie mes secrets aux pierres des marches de l’escalier. Il y a des jours je voudrais disparaître sans laisser de trace. Dans l’attente que rien ne comble, que rien n’efface.

Livre numérique

Pierre Ménard

L’esprit d’escalier

Fugue

 

Février 2020

Fugue à deux voix et multiples combinaisons

Ce texte hybride travaille sur le lieu de la rencontre, le processus de sa révélation et l’invention de cet amour (invention, car en musique il s’agit d’une fugue à deux voix, tandis qu’en archéologie c’est la découverte d’un site, d’un lieu) sous la forme d’une histoire, celle de Sandor et Nyssa.

L’escalier monumental de la gare Saint-Charles à Marseille est composé de 104 marches. Ce récit raconte la rencontre de ce couple, à travers le temps, dans l’espace de cet escalier. Il est composé de 104 textes, répartis ainsi : 52 textes pour le personnage de Nyssa, et 52 textes pour le personnage de Sandor. Ce nombre de 104 (2 fois 52) évoque un jeu de cartes, et la structure du texte s’appuie sur cette forme car l’histoire peut se lire sans ordre fixe ou préétabli, se présentant sous forme de pages autonomes que le lecteur est invité à battre comme un jeu de cartes, permettant de multiples combinaisons possibles et changeant la chronologie des événements ou des situations, et par conséquent l’intrigue.

Un livre numérique avec autant de versions différentes que de lecteurs.

Extrait

Descendre l’escalier avec Nyssia

marche #108
Je vois ce qui est devant moi. Ce chemisier en soie, cette jupe cintrée. Les marches de l’escalier. Mes bottines qui me font un peu mal mais dont je ne parviens pas à me défaire. Le souffle chaud de l’air salé. Les bruits de la circulation. Coups de Klaxon, cris à la fenêtre. J’aime ce qui m’entoure. Le désordre de cette ville, son laisser-aller, ses chantiers à ciel ouvert. J’aime me laisser envahir par les sensations et les impressions fugitives. Les faire exister dans la durée pour qu’elles ne cessent jamais. Je suis à l’affût. Je me passionne pour tout mon environnement. J’aime m’y sentir accueillie, chercher la rencontre. Le dialogue, l’échange. Comprendre où je vis. Ce qui motive mon travail. Journaliste. Mon imagination vient du corps. J’aime la matière. Lorsque j’écris c’est ce que je recherche, la matière des mots. Leur vérité dans leur rugosité. Ces aspérités que les autres atténuent, je me plais à les renforcer. Je n’aime pas les discours, les intentions, bonnes ou mauvaises.

 

Monter l’escalier avec Sandor

marche #1
J’aime écrire des lettres. J’aime voyager : Londres, Madrid, New York, San Francisco, Montréal, Berlin, Naples, Palerme. J’ai plaisir à fondre toutes mes vies en une. Je trace sur les cartes des lignes reliant diverses parties du monde. J’aime entrer dans mon bureau de l’INA et rester pendant des heures sans en sortir, derrière l’écran de mon ordinateur, ma fenêtre sur le monde. J’aime l’éclat scintillant de la mer au coucher du soleil. J’aime le téléphone lorsqu’il sonne dans le vide. Je confie mes secrets aux pierres des marches de l’escalier. Il y a des jours je voudrais disparaître sans laisser de trace. Dans l’attente que rien ne comble, que rien n’efface. Je vis seul aujourd’hui. J’ai vécu de nombreuses années une relation exaltée avec une femme que je retrouvais à l’hôtel une fois par semaine. Nous faisions l’amour avec frénésie. Nous ne nous parlions pas. Mais peu à peu j’ai appris à mieux la connaître. C’est elle qui a cessé brusquement de me contacter. Je ne l’ai jamais revue.

 

Entre-deux : Sandor et Nyssia

marche #71
L’escalier n’est pas l’emplacement de l’espace, il présuppose déjà une certaine dimension spatiale sans laquelle il ne pourrait pas exister. L’escalier n’est pas seulement un élément du décor, il est la figure concrète de l’espace qui produit l’événement et en détermine le sens. Un escalier n’existe pas dans le vide même s’il ne mène nulle part. Il repose sur un sol et se démarque justement par rapport à ce sol sur lequel il s’élève. Ce sol est une première dimension spatiale qui se définit par l’étendue délimitée par la ligne horizontale. L’escalier donne accès à un ailleurs. On y passe d’un endroit à l’autre. Mais c’est déjà ce qui arrive dans le mouvement de gravir les marches. La perspective de l’espace change sous nos pas notre appréhension. Il nous faut sans cesse ajuster les distances mouvantes entre le haut et le bas. Enfin arrivé à son terme, ces rapports se renversent. Un escalier c’est à la fois une ligne horizontale, pour la stabilité, et une ligne verticale pour la hauteur.

L’auteur en bref

Pierre Ménard, né Philippe Diaz à Ris-Orangis en 1969, est un écrivain français. Bibliothécaire, il vit et travaille à Paris. Il a animé de 2008 à 2015 la revue de création d’ici là, éditée par publie.net, dont il fait partie du comité éditorial.
Actif sur le web depuis 2005, il crée le site Liminaire en 2009, qui devient son principal lieu de création.
Il mène régulièrement des ateliers d’écriture et de création numérique.
Il est, entre autre, l’auteur avec Anne Savelli de Laisse venir (La Marelle, 2014 et 2015) qui se présente sous la forme d’une carte géographique de deux parcours, à travers la France… et Google Street View.

Informations

Renseignements techniques

Ce livre est actuellement uniquement disponible dans sa version en ligne.
L’achat une fois réalisé, le lecteur ou la lectrice conserve à vie le droit d’accès à l’ouvrage.

Une version téléchargeable sera proposée d’ici quelques mois.

 

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Le numérique : un nouvel art d’écrire ?

Notre collection numérique, qui accueille des formes et des genres multiples (journal de bord, fiction, poésie, théâtre, essai littéraire…) publie des projets d’écriture réalisés par des auteur·rice·s ayant séjourné à La Marelle, tout comme d’autres qu’elle sollicite ou qu’elle souhaite accompagner. Y sont proposées des créations originales qui témoignent, le plus souvent, du principe même des résidences portées par La Marelle : favoriser la rencontre entre l’écrit et d’autres champs artistiques, grâce au mouvement ou à l’intégration de sons, d’images ou de vidéos, mais aussi proposer des narrations non-linéaires, des lectures aléatoires, des écritures collectives, etc.

La plupart de nos livres numériques propose ainsi une expérience de lecture qui n’est pas la simple reproduction d’un texte existant déjà au format « papier », ou qui pourrait l’être sans notable différence. En proposant aux auteur·rice·s d’inventer ou de retrouver d’autres modes d’écriture et/ou de lecture, elle incite chacun·e à s’emparer de nouvelles formes, pour un autre rapport au « livre », et une autre réflexion sur « l’art d’écrire ».

Le livre est à la fois, un bien matériel dont l’acheteur devient le propriétaire et un discours dont l’auteur conserve la propriété « malgré la reproduction ». Emmanuel Kant, philosophe


 

Pierre Ménard
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