Des papillons de nuit viennent se coller à la source de lumière qu’est l’écran de ton ordinateur. Sans être tout à fait nyctalope, si tu baissais l’écran, tu pourrais distinguer dans la nuit des formes : ciel étoilé, la végétation, dessin des arbres, le cube de la villa derrière toi mais le halo de lumière t’éblouit et rend la nuit plus noire autour de toi. Tentative d’épuisement d’un jardin ciotaden

La première chose que je peux vous dire…

Ismaël Jude

Revue #106

Septembre 2022

La première chose que je peux vous dire…

La première chose que je peux vous dire c’est que je suis venu ici pour accepter que je suis perdu (dans mes notes, dans un jardin, dans la vie).

« Tentative d’épuisement d’un jardin ciotaden », extrait

Mais tu ne peux pas t’en tenir à cette calomnie. L’Audomarois, il te faut le refaire en odorama. Il a l’odeur de la vase, des graviers mouillés, de la glaise et des notes de tilleul, de menthe et de fraise. Cela sentait la terre trempée par l’orage. Tu ne peux pas avoir oublié qu’enfant tu dansais en slip dans les cailloux pour célébrer ce qui explose du ciel. Et que c’était la joie. Le sol comme la peau, ce n’est pas seulement son odeur qu’il sent mais il a la saveur des particules qui se mêlent à la vapeur d’eau. Parfum de carburant de moto, de paille, d’avoine, de mûres. Herbe fraiche et lait de vache. 

À vingt ans, tu es allé·e vivre dans le Sud. 

Mais la mer ? N’était-ce pas trop humide à ton goût ? Pour la Méditerranée, tu faisais une exception. Il te semblait que ce n’était pas de l’eau. Tu pouvais y entrer sans craindre d’être englouti·e. C’était une mer possible. Une mer de substitution…

 

La Méditerranée aujourd’hui ? Des milliers de vie s’y engloutissent chaque année à cause de l’apartheid international. Les frontières tuent. Qui témoigne pour les englouti·es ? Pendant que tu procèdes bien bourgeoisement à cette analyse de tes souvenirs, de ta relation au sec, au salé, aux odeurs, aux embruns, au temps, impossible de perdre de vue ce charnier maritime. Tu as pensé : cimetière marin mais tu n’as pas osé l’écrire.

Au sommaire

  • Texte inédit « Psychanalyse des fleurs », extrait 
  • Bio-bibliographies
  • Le questionnaire ludique ! [extraits des réponses]
    • Un oloé ? [espace élastique où lire où écrire : mot créé par Anne Savelli]
      Avoir un trajet assez long pour écrire dans un train.
    • Un agacement ?
      Dans le train où je pensais lire et écrire, les annonces qui n’en finissent.
    • Un toc de langage ?
      « Pas de souci », qui est, à mon avis, un signe que le souci est omniprésent.

Édito

Ismaël Jude a un profil multiple : auteur et chercheur, navigant entre le roman, le théâtre, la philosophie, la psychanalyse, actuellement en formation d’art-thérapie à l’hôpital Saint-Anne à Paris, s’intéressant à d’autres disciplines artistiques : musique, danse, performance. On pressent chez lui une énergie joyeuse de touche-à-tout, une force de décloisonnement (des genres, des chapelles). À ce titre, la lecture de son dernier roman paru en février dernier chez Verticales, Grief, est édifiante. On y découvre une langue insolente et sans-gêne, qui explose toutes les règles de syntaxe, d’orthographe, de registre. Le récit avance comme un torrent impétueux, le monologue de la narratrice nous bouscule et  nous déstabilise sans cesse.

De même, son projet « Psychanalyse des fleurs » vient d’emblée nous percuter et nous surprendre : un recueil de nouvelles en odorama, adossé à une installation où textes et parfums seront diffusés en simultané. S’appuyant notamment sur les œuvres de Sigmund Freud et de Jean Genet, et à travers différents personnages, une expérience à la fois intime et plurielle se déploie. Loin des lieux communs et des mécanismes littéraires convenus liés à la fleur, l’auteur veut élucider la « charge puissante, physique, sauvage, que les fleurs peuvent exercer sur nous ». Ce projet viendra interroger les genres, les catégories sociales, notre rapport au monde végétal… Ismaël Jude nous invite à une aventure sensible et hautement sensorielle, qu’il fait commencer par un choc olfactif dans un jardin méditerranéen. C’est donc tout naturellement que nous avons imaginé installer ce projet de résidence à la Villa Deroze, avec son jardin planté de pins, d’amandiers, d’oliviers, et sa vue sur le littoral de La Ciotat.

Fanny Pomarède
Directrice de La Marelle, septembre 2022

La revue radiophonique


La « revue radiophonique », enregistrée en studio à Marseille, puis diffusée sur les ondes de Radio Grenouille et en podcast sur la plateforme Transistor.

Informations

  • Prix
    3,00 €
  • Nombre de pages
    16
  • Parution
    01/09/2022
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Renseignements techniques

Cette revue est disponible dans sa version papier ou en ligne, au format .pdf téléchargeable.

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