Impossible de penser sans les mots. Impossible de saisir un concept sans disposer d’un terme qui lui corresponde. Or, si les termes de « comédie musicale », de « films de cape et d’épée » ou de « thriller » sont entrés dans le vocabulaire courant, c’est loin d’être le cas pour celui de « road movie ».

Livre numérique

Marc Rosmini

Road Movies

Novembre 2019

Fragments sur un genre introuvable

Avec 38 photographies de Bernard Plossu.

Comment expliquer l’affection particulière des cinéphiles pour les films « de route » ? Qu’est-ce que comprendre un film ? Le concept de « road movie » a-t-il des limites claires ? Comment le cinéma agit-il sur nos vies, et sur notre perception du monde ?
À partir de ces questions, Marc Rosmini propose une mosaïque de 227 textes brefs et incisifs. Des « fragments sur un genre introuvable » qui forment un ensemble composite fait d’anecdotes, d’analyses de séquences, de rapprochements avec le western, d’éclairages philosophiques, de parenthèses oniriques, de comparaisons avec d’autres formes d’arts…
Un labyrinthe riche en rencontres et en surprises où chaque lecteur peut vagabonder et tracer librement sa propre route.

Cette édition numérique reprend l’édition papier publiée par Images en manœuvre éditions en 2012 (épuisée).
Remerciements les plus vifs à Arnaud Bizalion.

Extrait

36. Les réalisateurs de road movies ont souvent tiré parti du hasard des rencontres : les conditions de fabrication des films sont alors en totale osmose avec l’histoire qu’ils racontent. Car il n’est pas de voyage, ni de tournage, sans surprises. Les Gens de la pluie, de Francis Ford Coppola, a été tourné dans dix-huit États différents sans repérage préalable : cette absence de préparation a offert au réalisateur une marge d’improvisation. Le regard de Monte Hellman, un jour où il se promenait sur Sunset Boulevard, s’est arrêté sur une photo de James Taylor illustrant une affiche de concert. C’est alors qu’a germé l’idée de lui confier un rôle principal dans Macadam à deux voies. Dennis Hopper s’est lui aussi laissé guider par la fortune : les abrutis du café de Morganza, qui dans le film vont jusqu’à tuer celui qui ne leur ressemble pas, ne sont pas des acteurs. Hopper les avait trouvés dans ce bar, et leur avait juste demandé de lâcher la bride à leur parole, de décharger toute l’aversion que leur inspirait la bande de hippies qui débarquait chez eux – à savoir l’équipe du tournage. Lorsqu’on sait cela, on ne voit plus le film de la même façon, la frontière entre fiction et documentaire s’évanouissant comme un nuage de fumée. Comme l’a déclaré László Kovács, chef opérateur de Easy rider : « Ils adoraient haïr, c’était effrayant. Mais en même temps on voit de la vraie haine entrer dans le film. »
Le voyage qu’on fait réellement n’est jamais celui qu’on avait prévu – sauf peut-être dans ces oxymores déprimants que sont les « voyages organisés ». De même, le film que les spectateurs voient en salle n’est jamais exactement celui qu’avait prévu le réalisateur. De tous les arts, le cinéma est sans doute celui qui comporte le plus d’aléas. Conditions de financement, personnalité des acteurs et des techniciens, contingences météorologiques… La créativité du réalisateur louvoie dans un réseau serré de contraintes mouvantes. Certains cinéastes intègrent le hasard à leur travail, comme Monte Hellman : « Ce qui m’excite le plus dans un tournage, ce sont les surprises, tout ce qu’on n’a pas prévu. J’aime les accidents, tout ce qu’on n’a pas pu anticiper ; ça donne au projet une nouvelle direction. »
Le road movie, par la dimension erratique et aléatoire de ses récits, pourrait donc être vu comme une métaphore de la création cinématographique.

37. Dans beaucoup de films de route, le véhicule ressemble au personnage – ou aux personnages – qu’il transporte. La Dodge Challenger de Kowalski est dopée comme lui. La Lancia Aurelia B24 de Bruno est comme son conducteur : frimeuse, et rafistolée. Alvin Straight est aussi lent et fragile que son étrange attelage. « Mammuth » peut aussi bien désigner Serge Pilardosse que sa moto. Le Combi Volkswagen des Hoover et le camion des Joad se désagrègent au même rythme que l’unité familiale, et David Mann finit le film aussi épuisé que sa Plymouth. Dans cette étrange osmose, qui déteint sur qui ?

L’auteur en bref

Cinéphile, Marc Rosmini est professeur de philosophie. Sa curiosité éclectique l’a conduit à mettre en relation la réflexion philosophique avec des thèmes variés, allant de la cuisine au western en passant par l’art contemporain marseillais. À Marseille, il fait partie du collectif Les Philosophes Publics qui intervient régulièrement dans l’espace public, en milieu carcéral, ou auprès de différentes structures sociales.

Commentaires et critiques

Un article du journal culturel Zibeline pour la première édition.

Écouter les Chroniques roadmoviesophiques du professeur Rosmini, une série d’émissions sur Radio Grenouille.

Informations

Renseignements techniques

  • Matériel recommandé
    Tous supports et dispositifs
  • Logiciel recommandé
    iBooks
  • Lecture possible sur liseuse
    Oui
  • Meilleure confort de lecture
    Sur tablette (pour les photos)

 

Une évocation visuelle du livre

(À venir)

Une chronique radio sur « Thelma et Louise »

Marc Rosmini a animé en 2013 une chronique radio sur le thème du « road movies » à Radio Grenouille. Voici l’une de ces chroniques, à propos d’un film emblématique.

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