En résidence de création

En général, dans le monde…
Claire Veysset

■ Mars et juin 2021
■ Marseille

En général, dans le monde, il y a plus de Sud que de Nord

On grandit tous avec des mythes qui nous construisent… Un projet de documentaire radiophonique sur l’île de Mayotte, à partir des souvenirs d’enfance de l’artiste-autrice, qui les confronte à son regard critique d’adulte.

Note d’intention de l’autrice

J’ai passé une partie de mon enfance à Mayotte : j’ai souvent cherché à reprendre contact avec l’île, notamment dans le cadre de mes études ; sans jamais y retourner. Égoïstement, j’ai parfois eu la sensation que c’était un territoire qui n’existait plus vraiment dès lors que je l’avais quitté. Comme si j’avais peur que toute ma géographie mémorielle et imaginaire (parce que les deux se confondent quand le temps a fait son travail) soit bousculée par de nouvelles réalités : la mienne et celle de l’île. En général, dans le monde, il y a plus de Sud que de Nord est donc un projet de documentaire radiophonique sur l’île de Mayotte, à partir de mes souvenirs d’enfance, en les confrontant à mon regard critique d’adulte. On grandit tous avec des mythes qui nous construisent : de mes 6 à 10 ans, j’ai vécu dans le village de Labattoir sur Petite Terre, une enfance dont je me souviens libre, aventureuse et solitaire.

Vingt ans plus tard, je cherche Mayotte sur Internet, dans les médias, dans l’Histoire. Au printemps 2018, lors d’émeutes et de grèves générales importantes sur l’île, les parlementaires débattent à Paris. Alignement des droits et des conditions de vie sur les standards nationaux en matière de santé et d’éducation, politique migratoire différenciée, rappel du viol des résolutions de l’ONU par la France : l’éventail des revendications est large, et parfois contradictoire dans un même camp politique. On grandit tous sur des mythes qui nous construisent ; celui de Mayotte serait d’avoir été la seule île de l’archipel comorien à choisir lors d’un référendum en 1974 de rester française. Quarante-cinq ans plus tard, c’est encore avec la formule « Vous avez choisi d’être français ! Mayotte c’est la France ! » que le Président de la République Française Emmanuel Macron débute son discours face à une foule mahoraise exaltée, lors de son dernier passage très attendu dans l’île en octobre 2019, son premier passage depuis son élection.

À Mayotte, il y a donc des incohérences, des incompréhensions, des drames. Le projet de ce documentaire n’est pas de couvrir une actualité ni de faire un cours d’histoire mais de faire ressentir une atmosphère. Partant d’une enfance éblouie par le soleil, heureuse mais naïve, il s’agit de partager un sentiment de nostalgie associé à de l’embarras, de la confusion. L’écrivain, poète et journaliste mahorais Nassuf Djailani exprime son regret de « l’impossibilité de douter dans un contexte saturé de paroles politiques ». J’aimerais ainsi exprimer mes interrogations, et oser poser la question du « sens » du territoire de Mayotte.

Par sa situation politique, administrative et territoriale, Mayotte concentre beaucoup des obsessions liées à la notion de territoire national. Mais c’est également par son simple statut d’île lointaine et de territoire exotique que j’aimerais l’aborder. « En général, dans le monde, il y a plus de sud que de nord » a dit l’auteur Erri de Luca pour évoquer les débats qui séparent Italie du Sud et Italie du Nord depuis des siècles. Les « Pays du Sud », en géographie coloniale, ancêtre de la géographie du développement, sont synonymes de « pays pauvres ». Selon cette définition, Mayotte est aussi un pays du Sud, colonisé, pauvre et exotique : qu’est-ce que cela implique dans son existence politique, sociale et culturelle ?

Mon désir est donc de me replonger dans cette île, d’en dresser un portrait chimérique, à la fois très spécifique par ce qu’elle est dans son environnement local, et également très universelle dans ce qu’elle représente comme fantasmes.

En général dans le monde, il y a plus de Sud que de Nord sera un documentaire sonore choral. Je cherche dans mes souvenirs, auprès des autres et dans les archives « qui est Mayotte ? » Des voix déroulent des souvenirs de sensations et d’anecdotes, des questionnements, soutenues et accompagnées par une création sonore évoquant à la fois une certaine étrangeté et une torpeur enveloppante. Ces voix et cette composition sont un des fils rouges du documentaire, et entrecoupent des échangent plus vivants, plus présents. Ces conversations et ces récits surgissent par fragments, se croisent pour tenter de dessiner l’île dans sa pluralité et sa complexité. Je tente toujours de repousser mes propres frontières pour aller au-delà de ce que je connais, de ce que je crois.

La création radiophonique est faite d’une multitude d’écritures : écrire pour mettre à l’épreuve une idée, un élan, écrire par le montage, écrire des mots pour mieux les dire.

Claire Veysset

En son et en images…

Un entretien avec l’autrice

Claire Veysset filmée durant la dernière semaine de son séjour en résidence à Marseille : quelques mots pour faire le point sur son travail.


La première chose que je peux vous dire…


La « revue radiophonique », enregistrée en studio à Marseille, puis diffusée sur les ondes de Radio Grenouille et en podcast sur la plateforme Ausha.


Le lieu de résidence

À Marseille, La Marelle dispose de deux appartements indépendants, l’un sur le site de la Friche la Belle de Mai, l’autre à proximité du Palais Longchamp.

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