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En résidence de création

Parions CAF
Rozenn Veauvy

■ Novembre 2026
■ Marseille

Le projet d’écriture

En résidence, Rozenn Veauvy poursuit l’écriture de Parions CAF (titre provisoire), une nouvelle dystopique qui interroge, avec humour, les contradictions de nos systèmes administratifs et les conditions sociales et symboliques du travail.

Parions CAF prend forme dans une écriture du quotidien, nourrie d’un langage familier, presque parlé, pour présenter les pensées du personnage, exposer son fil intérieur, son cheminement mental de façon fluide. C’est une écriture poreuse à la rumeur de son quotidien, où les personnages pensent tout haut, procrastinent, sur-analysent, se perdent en conjectures. Une langue hésitante mais vivante.

Note d’intention de l’autrice

Quelque peu familière de France Travail, la CAF et la Française des Jeux, je me suis demandée ce qu’il adviendrait de moi si ces dispositifs fusionnaient. Parions CAF empreinte le chemin de la fiction et imagine un quotidien dans lequel, après un arrêté ministériel, la CAF, France Travail et la FDJ ne font plus qu’un. Les conseiller·es sont alors contraint·es d’installer leurs bornes dans les bars-tabacs, incitant les allocataires à parier pour tenter de remporter le montant de leurs aides sociales.

Ma résidence à La Marelle je l’imagine comme un battement, un moment précieux où je pourrais entièrement me dédier à la rédaction d’une nouvelle, me permettre d’enfin pouvoir développer un format que je n’ai pas encore exploré. C’est dans ce cadre propice à la création littéraire et artistique que je pourrai me concentrer sur mon conseiller et sa reconversion professionnelle, éplucher nos échanges par courriels, puis abuser du langage administratif en me projetant dans cette fiction.
« Parions CAF, vos prestations vont trembler ! Nouveau message de votre conseiller. »


Extrait(s)

« Je sais pas comment interpréter ce message « bonjour, cordialement », surtout qu’il y a très peu d’infos, alors je me dis d’abord que sur l’appli il y a peut-être un nombre limité de caractères pour écrire aux allocataires. Ça me semblerait pas délirant, genre pour éviter qu’on puisse trop échanger, nouer un lien, ou s’engueuler par messages et notifications au sujet d’un trop-perçu ou d’un rendez-vous manqué.

Plus j’y pense et plus ça me semble logique, mais du coup je ne comprends pas ce qu’il a essayé de me dire par bonjour, Cordialement. Je relis chaque mot, chaque lettre. Pourquoi il a oublié de mettre une majuscule à bonjour ? Ça a une signification particulière à mon avis. J’essaie d’analyser un message codé trop bien codé. Je peux pas m’empêcher de penser qu’il a essayé de me dire un truc, même si j’me dis que je lui attribue des facultés que ni lui ni moi n’avons… comme s’il pouvait me faire passer un message indécryptable pour l’algorythme de France Travail.

« Mignon, dis-moi ce que tu as sur le coeur » que j’me surprends à marmonner. Soudain je lève la tête et je vois l’horloge du micro-onde qui se reflète dans ma fenêtre. Ça fait 5h que j’suis plantée là, à déchiffrer Mignon. »


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