
En résidence de création
La ville merveille
Mariannick Bellot
Le projet d’écriture
En résidence à La Marelle, Mariannick Bellot poursuit l’écriture de La ville merveille, un roman destiné à la jeunesse.
« L’idée de ce roman est venue d’une réflexion sur l’utopie : ce serait quoi, un monde du futur qui ferait envie ?
Ont surgi deux personnages, l’une élevée dans l’amertume et la méchanceté, l’autre communiquant plus facilement avec les plantes qu’avec les humains.
Ensemble, ils trouvent refuge dans La ville merveille, une cité connue pour son art de vivre, à la fois technologique et humaniste. Cela les rendra-t-ils heureux ?
Aujourd’hui, une première étape du manuscrit existe, dans laquelle il manque un tiers du récit.
J’aimerais profiter de cette résidence pour finir d’écrire cette histoire. »
Note d’intention de l’autrice
Cette résidence se centre d’une part sur l’écriture, d’autre part sur une série d’ateliers menés avec Coline Meirieu, médiathécaire, responsable de la future bibliothèque de la rue de Loubon (13003, Marseille).
Mariannick Bellot, 2026
Extraits
Les travaux de couture sont réservés aux femmes. Ils abîment les yeux. Ils sont très beaux. Toute la beauté des yeux passe dans le tissu. À la fin de la journée, les femmes ne voient plus rien, et les motifs s’entrelacent, broderies, oiseaux, fleurs, une forêt de bleu, de rouge et de blanc.
À la fin de la journée les hommes viennent et prennent le travail, et quand il y en a beaucoup, ils vont l’échanger à la ville.
À la fin de la journée la grand-mère crache dans le feu et prend sa carabine pour tirer sur les geais. Le père pense que c’est du gâchis, on n’a pas tant de plomb pour les gaspiller sur de si petits oiseaux, mais il n’ose pas le dire tout fort, et la grand-mère envoie les enfants ramasser les plombs et les oiseaux morts au fond du terrain.
La grand-mère ne coud jamais, ni n’a jamais cousu. La Petite ne coud pas encore. La mère dit qu’elle est trop maladroite et l’envoie courir dehors et apprendre à chasser avec son père et son frère.
La mère n’aime pas les travaux de couture. La mère déteste les travaux de couture.
Sonia et sa sœur Doria ne disent pas si elles aiment les travaux de couture mais elles viennent à la maison pour les faire avec la mère, et quand elles repartent il manque toujours quelque chose, des provisions, un objet. La mère ne dit rien. La Petite ne dit rien non plus. La mère sait que Doria se ferait battre par Tonton devant tout le monde si on trouvait le sifflet en bois dans son tablier, ou le morceau de fromage enroulé dans le panier à tissus. Tonton appelle ça une bonne correction.
La Petite aime beaucoup ce sifflet et elle ne trouve pas ça juste, alors elle décide d’aller voler le sifflet pendant la sieste de la grand-mère, parce que la grand-mère a des yeux partout, et ce n’est pas sûr qu’elle les fermerait pour que la Petite puisse récupérer son appeau.
À l’heure où la grand-mère se met au soleil pour somnoler, tous les adultes sont occupés au loin. Bien sûr, il faut passer devant les chiens enfermés à côté du portail de Tonton, mais avec de la chance, il les aura pris avec lui pour la chasse.
La Petite sait ne pas faire de bruit. Elle appelle ça le jeu de l’ombre. Il faut glisser, il faut penser qu’on n’existe pas, qu’on n’est même pas là, être calme comme une eau qui dort. Il faut avoir le temps d’aller lentement, et une solution de repli en cas de secours. La Petite aime quand elle sent son cœur ralentir.
Elle se glisse sous le portail éventré, rabat le volet qui cache la fenêtre du rez-de-chaussée. La fenêtre est fermée, mais Tonton n’est pas soigneux, il y a forcément une ouverture quelque part.
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