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En résidence de création

Des éclipses
Gregory Buchert

■ Mars 2026
■ Marseille

Le projet d’écriture

En résidence à La Marelle, Gregory Buchert poursuit le travail sur Des éclipses, le récit de quatre voyages auprès d’artistes et auteur·ices ayant choisi de quitter la création.

Note d’intention de l’auteur

Des éclipses fait le récit de quatre voyages (sur autant de saisons) auprès d’artistes et auteur·ices ayant choisi de quitter la création - par spleen, conviction politique ou nécessité parentale : Marie-Luce Ruffieux, Julien Crépieux, Stéphane Benault et Heimo Lehmann. Chacune de ces rencontres a fait l’objet d’un entretien audio dont la retranscription (minutieusement remaniée) forme la trame de quatre grands chapitres où viennent fusionner différents registres littéraires : une réflexion critique vis-à-vis d’un milieu de l’art souvent trop complice des modèles dominants qu’il prétend interroger, un journal de bord sensible aux géographies traversées, des échanges plus intimes entre l’enquêteur et ses pairs, des détours autobiographiques enfin, constituant autant de fenêtres sur la vie quotidienne du narrateur-enquêteur.  

Gregory Buchert

Sur les ondes

Le podcast de La Marelle « Écrire dans la Villa »


Extrait

Depuis cette soirée, Jacques resurgit dans ma vie de loin en loin, toujours à son initiative, toujours par téléphone et à des heures indues, pour s’informer notamment de mes projets en cours, dont il soutient parfois la production. Sentimental, le collectionneur ne manque jamais au passage de m’interroger sur Hawenau, incapable qu’il est d’entendre que je ne vis plus là-bas depuis des lustres. Je l’imagine faire les cent pas sur le quai brûlant d’un port franc ou reposer son dos dans les jardins d’une grande biennale et, survolant son répertoire d’un doigt paresseux, choisir tout à coup de m’appeler (nonobstant les fuseaux horaires), dans l’espoir que notre échange lui rappellera quelque souvenir d’enfance.

En ce moment ? Rien sur le feu non, lui ai-je dit ce matin-là, encore moins à 5 h 50. — C’est la panne ? — La panne ? Non c’est… Et je me suis mis à réfléchir dans le vide, les yeux rivés sur une étoile phosphorescente oubliée au plafond par d’anciens locataires. Jacques a pesté contre une colonie d’oiseaux marins qui le harcelait, puis il a embrayé : dis-moi, je viens de voir passer un programme de résidence qui pourrait te convenir. Bon c’est pas la Villa Médicis mais tout de même, les conditions d’accueil m’ont l’air plutôt bonnes. — Une résidence ? Faut voir… J’ai pas très envie de bouger en ce moment. C’est où ? ai-je demandé en culbutant vers une zone plus fraîche du matelas. — À Malakoff, j’ai l’appel à candidature sous les yeux, t’as de quoi noter ? Las, j’ai dit oui mais c’était faux. Du fond de mon lit, j’ai simplement répété les mots que me dictait le collectionneur en marquant chaque fois une courte pause laissant penser que j’étais bien en train d’écrire. Mais déjà mes yeux se refermaient, et mon esprit de se retirer dans un décor de toundra, aux abords d’une ville fantôme qu’il me semblait avoir explorée en d’autres temps. Pour le reste, j’ai tendance à penser que les descriptions de rêves procèdent toujours d’une forme de filoutage artistique.

Extrait de Malakoff, Éditions Verticales, 2020


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