DIDIER ROMAGNY

« Un auteur en prison »

Octobre-décembre 2019

« C’est à l’intérieur de la confiance que, peut-être, des mots jailliront. » Une résidence de création et de médiation au centre pénitentiaire d’Aix-Luynes II, portée par l’Agence régionale du livre et La Marelle.

Didier Romagny, romancier, est en résidence à partir du mois de septembre 2019 au MA 4 (Maison d’arrêt 4) du centre pénitentiaire d’Aix-Luynes II, dans un bâtiment qui expérimente un régime de détention particulier dit « de confiance » qui accueille 200 détenus environ.
 
Didier Romagny décrit ainsi ce bâtiment expérimental et ses premiers jours.
« Première semaine d’immersion au sein de la maison d’arrêt de Luynes, dans l’unité dite “de confiance”. Unité au mode de fonctionnement qui, pour le non initié, pourrait relever du “minimum syndical” dans la prise en charge des détenus. Activité diverses proposées : sport, cours de français, d’anglais, etc. Des activités de deux heures, matin et après-midi. L’organisation est faite pour que tout détenu ne reste pas entre les quatre murs de sa cellule à longueur de journée. Il y a bien sûr un comportement irréprochable attendu en retour.
Et pourtant, si cette unité porte le nom de “confiance”, c’est bien parce qu’elle dénote totalement des autres. Celles où l’unique issue est la cour promenade quelques heures par jour ou bien, parfois, la “faveur” acquise au “mérite”.
C’est ce cadre, ce contexte que je retiens surtout de ces premiers jours. Parce qu’il pose d’emblée une “exception” là où, le non initié, lui toujours, pourrait y voir le B.A.BA de toute détention.
Chacun, détenus comme surveillants, est conscient de ce régime d’exception. Et donc chacun y va de ses efforts. De ses efforts d’humanité, de négociation, de tempérance. Pour que ça tienne. Parce qu’il faut au moins que ça tienne. Unités expérimentales qui n’ont pas encore acquis leur légitimité dans le système carcéral français.
C’est à l’intérieur de la confiance que, peut-être, des mots jailliront. Nous nous y emploierons. »
 
 
Dans le cadre de sa mission de développement de la lecture et de modernisation des bibliothèques carcérales, l’Agence régionale du livre Provence Alpes Côte d’Azur a proposé à La Marelle de l’accompagner dans ce dispositif singulier et inédit : des écrivains sont invités sur un temps long à travailler en établissement pénitentiaire.
Les deux premiers auteurs accueillis début 2019 étaient Didier da Silva, au centre pour peines aménagées d’Aix-Luynes, et Mika Biermann, au centre pénitentiaire de Draguignan.
Ce programme de la résidence est construit avec chaque auteur et chaque service d’insertion et de probation (SPIP), en fonction des envies, des possibilités et des attentes du public. Les créations des personnes détenues seront publiées dans la revue de La Marelle, et l’auteur produira un texte également publié par La Marelle. Mais c’est aussi une vraie résidence de création, puisque Didier Romagny mène également, durant cette même période, un projet personnel. Autres résident·e·s sur la même période : Nine Antico et Yann Madé.
 

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La première chose que je peux vous dire…

Didier Romagny

Romancier, novelliste
France

Didier Romagny © D.R.

Didier Romagny est né, vit et travaille à Marseille. Il a très peu voyagé et aime les terrasses ensoleillées. Durant presque vingt ans, il a travaillé auprès de personnes en grande précarité, concernées par les addictions et leurs conséquences. Un engagement qui est peut-être la conséquence directe de son adolescence immergée dans les « années SIDA ».

Il travaille aujourd’hui dans le champ du handicap comme Chargé de Mission « Projet de vie ».
Parallèlement à son activité professionnelle, il a toujours écrit.

« C’est le réel qui me porte. Peut-être parce que lorsque j’écris, je fleuris les tombes. »

 

Publications
  • L’Émietté, roman, Flammarion, 2003
  •  Je n’irai pas plus loin, roman, Sicania, 2015
  • Les ombres trop fidèles, roman, Sicania, 2017