SAMIR KACIMI (avec LOTFI NIA)

Traduire, écrire : jeu et récit

Octobre-décembre 2018

Un écrivain algérien arabophone et son traducteur en français mènent une résidence conjointe, alliant création et traduction…

Le projet d’écriture personnel mené par Samir Kacimi durant cette résidence est le démarrage d’un nouveau roman. Son personnage principal est Olga, une jeune algérienne atteinte de la lèpre, et il s’agit d’une histoire de solitude inhabituelle. Olga vit seule au dernier étage d’un immeuble dans un quartier populaire de la capitale, le quartier Trollar, qui se trouve au voisinage du Palais du Gouvernement, mais qui abrite aussi une population très pauvre. Le symbole même d’une réalité algérienne paradoxale : des pauvres qui vivent dans un pays riche. En plus d’être lépreuse, Olga souffre d’une obésité excessive qui l’a obligée à ne jamais quitter son appartement depuis plus de quarante ans. Elle ne connaît donc son quartier que de haut. Au fond (mais c’est une comparaison injuste), comme ces politiciens qui prétendaient savoir quel pays ils gouvernent, alors que tout ce qu’ils savent de lui n’est que ce qu’ils voient depuis les balcons de leur palais… À travers Olga et les histoires de son quartier populaire, ce roman tente de dresser un autre tableau de l’Algérie, qui n’est ni celui de l’histoire officielle où tout va toujours bien, ni celui des discours populistes pour lesquels rien ne va fonctionne jamais correctement. Même si le roman décrit une situation qui reste très sombre…

Une partie de la résidente est consacrée à un projet singulier, mené conjointement avec Lotfi Nia, le traducteur français de Samir Kacimi. Un dispositif inhabituel, facilité cependant par le fait que l’auteur est aussi bilingue français-arabe. Ils souhaitent en effet arriver à un processus d’écriture mené à deux, intégrant écriture originale et traduction. Pour les aider à se défaire d’habitudes d’écriture marquées par le cloisonnement entre écriture première et traduction, ils ont recours à des exercices formels, se proposant d’accentuer l’écart entre les langues (et la question d’être « fidèle », mais être fidèle à quoi ?) au lieu de l’estomper. En invitant les discours et les textes produits à se nourrir de leurs décalages. Comme mettre face à face deux miroirs déformants… Cette résidence conjointe se donne pour but d’éviter l’écueil d’un aplatissement et d’une simplification du processus d’écriture : il ne s’agit ici justement pas de « se simplifier le travail », mais plutôt de compliquer suffisamment leurs deux démarches d’écriture pour permettre leur rapprochement. Un projet inédit qui convient particulièrement à l’écriture baroque de Samir Kacimi, tout en donnant l’occasion à Lotfi Nia d’élaborer une pratique expérimentale de la traduction.

PROLONGEMENTS

La bibliothèque permanente (en attente)

Samir Kacimi

Romancier
Algérie
Samir Kacimi
Sitographie

Un entretien pour le quotidien El Moudjahid

Sa page Facebook

Né en 1974 à Alger où il vit, Samir Kacimi a suivi des études de droit et a été avocat puis a travaillé dans la presse. Il est l’auteur de huit romans, parmi lesquels Yawm ra’i lil mawt (Un jour idéal pour mourir), sélectionné en 2010 pour l’International Prize for Arab Fiction. En décembre 2016 il a reçu le prix Assia Djebar pour son roman Kitâb el mâchâ (Le Livre du destin). Il fait partie des auteurs d’el-Ikhtilef, une maison d’édition algérienne qui a publié les expériences littéraires d’expression arabe les plus marquantes des années 2000 et 2010. Son dernier roman a été traduit par Lotfi Nia aux éditions du Seuil sous le titre L’Amour au tournant.

Parutions (en français)

– L’amour au tournant, traduction Lotfi Nia, Le Seuil, 2017

Lotfi Nia

Traducteur
France, Algérie
Lotfi Nia
Sitographie

Sur le site de l’ATLF

Lotfi Nia est né à Alger en 1978. Il s’investit depuis une dizaine d’années dans la traduction de la littérature arabe contemporaine, plus particulièrement la poésie (Hassan Hourani, Ghassan Zaqtan) et le roman algérien d’expression arabe (H’mida Ayachi, Abdelwahab Benmansour, Bachir Mefti, Samir Kacimi). Il vit et travaille à Marseille.