Samedi 8 février

Grosse matinée de rendez-vous Gare de Lyon, avant de reprendre le train vers midi. Il faut bien appeler « L’Européen » un QG…
Rétro-journal de résidence #4

L’Européen, l’un des QG du voyageur pressé

Grosse matinée de rendez-vous Gare de Lyon, avant de reprendre le train vers midi. Il faut bien appeler L’Européen un QG puisque c’est si pratique quand on est comme moi toujours sur le fil du départ. C’est surtout à cause de M.B., qui l’a choisie pour signer les trois contrats inauguraux de Milorad Pavić, vers 2015, que j’y suis resté fidèle, à cause d’elle et parce que ce jour-là j’étais en retard, les Velib’ étaient crevés, que j’avais dû sauter dans un taxi, m’imaginant mille malédictions pour cette trahison sociale. 

Ce matin, c’est un ami de Marseille qui a insisté pour me présenter un anthropologue, un musicien et un traducteur. Les trois sont une seule et même personne, qui m’apportent un projet de traduction épatant. Un auteur asiatique vivant au Proche Orient, dont le livre à la fois social et surréel regorge de fantaisies typographiques. Un de ces projets avez lesquels je suis sûr de ne pas m’ennuyer.

Retour à la Villa. Je retrouve instantanément les sensations. Le soir, tous les trains du Sud se sont donné rendez-vous sur ce passage, c’est un concert presque ininterrompu de sourds sifflements. Outre la beauté de ce bruit rétro (j’ai des images de gares parisiennes en 1930, peut être fournies par l’Antoine Bloyé de Paul Nizan), outre la ouate sombre qui me prépare au sommeil, j’imagine ces gens qui passent, repus du travail accompli. À demi-apaisé, je termine d’une traite, sensation souveraine là encore, le Venezia de Pierre Bourgeade, qui me rappelle, en plus limpide et en plus direct, les textes de Michel Bernard. Je retrouve mes marques, le calme en plus, comme si l’esprit sortait de mille séances de massages. Je retrouve mes marques, abordant plus sereinement et plus pleinement la lecture, m’imprégnant plus substantiellement, enfin, des premières pages du Roi sans divertissement, que je relis – non, recommence, car ce n’était pas relire, ce n’était pas du tout lire – pour la troisième fois.