Samedi 15 février

Où je finis par me faire appeler « Benoît Pivot » par un des auteurs du public…
Rétro-journal de résidence #11

Gauz tient tête aux Antadiopophiles © Benoît Virot

Connaissance avec les éditions Nzoi, qui, à part le processus d’édition, font tout au Congo. La diffusion est aux mains d’un seul homme, Christian, qui a réussi à vendre de la main à la main 2 000 exemplaires de ses fables. Plusieurs personnes participent aux travaux du comité, accompagnent et poussent les auteurs. J’achète tout le théâtre, trois livres à 8 000 F pièce, dont ceux de Sinzo Aanza et Tata N’Iongi Biatitudes, qui ne quitteront pas mes poches du séjour. À côté, les éditions Mabiki, parfois en lingala, parfois en français, parfois bilingues, comme Ebamba, de Richard Ali, qui a commencé son texte en français, puis l’a terminé en lingala, puis l’a fait (re)traduire en français. À table, Jean Bofane nous donne sa recette de manioc, ou bien est-ce Christian, un dessinateur invité, qui livre du pesto de sa maman (j’ai réussi à trouver du basilic sous les yeux éberlués de Valérie Manteau) : avec de la citronnelle, du vinaigre balsamique et de l’huile de noix de palme.

Première conférence avec Gauz, qui se fait prendre à partie par la salle après avoir critiqué Anta Diop… et ce sera le point de départ d’un long et laborieux feuilleton, qui le lundi en arrivera presque aux mains, entre les Antadiopolâtres, ou Antadiopologues, et Antadiopopobes, ou Antadioposceptiques. Richard Ali, que je ne connais pas encore, amorce le bras de fer, me demandant tout à trac si je veux publier des romans congolais. Et je finis par me faire appeler « Benoît Pivot » par un des auteurs du public… ce qui quelques semaines après la démission d’icelui du jury Goncourt me pique d’une tendre ironie.

Goûter chez deux amis le long du fleuve. Le fleuve, découvert par la bouche de Fiston Mwanza Mujila, m’apparaît d’emblée méchant. Il rogne, il tempête, il roule, il furie. Il est ce grand-père dont son père promettait à Fiston l’inondation s’il n’était pas sage. Il est gris, orageux, bruyant… et ce n’est pas encore le lieu où il est le plus large – car c’est le lieu de tous les superlatifs : deuxième plus grand débit du monde, deuxième fleuve le plus large au monde, deuxième fleuve le plus profond au monde. Sans compter que c’est son bassin qui, au cœur de l’Afrique, et presque en son centre, a dicté la forme du pays. Je me mets en tête de cueillir les textes qui lui ont rendu hommage. À tout seigneur tout honneur, je commencerai par Le Fleuve dans le ventre, quand j’en aurait trouvé une édition française, puisque à l’instar de l’Afrique ou de l’Amérique latine, la circulation des livres d’une frontière à l’autre n’est pas beaucoup plus aisée en Europe.

Le soir, danse du ventre dans le quartier de Balanga.