La première chose que je peux vous dire… #19

Jonathan Coe

La revue de La Marelle – août 2017

La première chose que je peux vous dire c’est que je suis un écrivain et que je me définis par ce terme depuis le début de ma vie adulte. Cette activité m’identifie comme quelqu’un qui est insatisfait par la nature du monde réel, et qui décide de prendre sa revanche sur ce dernier en le façonnant pour lui donner une nouvelle forme plus agréable…

Au sommaire de ce numéro 19

Texte inédit
De l’importance d’écrire de Jonathan Coe
« Why Writing Matters », traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Valentine Leys, de même que les réponses au « questionnaire ».
Ce texte a été écrit à l’occasion de la première édition de la Journée nationale de l’écriture en Grande-Bretagne (National Writing Day). Jonathan Coe en a fait une lecture publique à Bristol le 21 juin 2017. C’est la seule publication de ce texte, toute langues confondues.

 

La première chose que je peux vous dire
— La première chose que je peux vous dire c’est que je suis un écrivain et que je me définis par ce terme depuis le début de ma vie adulte. Cette activité m’identifie comme quelqu’un qui est insatisfait par la nature du monde réel, et qui décide de prendre sa revanche sur ce dernier en le façonnant pour lui donner une nouvelle forme plus agréable. Chaque fois que je me lance dans cette tâche qui me prend environ trois ans, vers la fin du processus je me retrouve complètement isolé de ma famille et de mes amis, et le résultat est un roman.

Le « questionnaire » décalé (à retrouver en intégralité dans la revue)
– Un auteur fétiche ? 
J’aime beaucoup l’écrivain britannique Rosamond Lehmann…
Une bonne résolution pour cette résidence à La Marelle ? Écrire un certain nombre de mots chaque jour
La journée type de l’écrivain ? Les éléments qui constituent ma journée sont un stylo, du papier, un ordinateur, du café, de la nourriture (une nourriture très simple) et de la musique. Je ne sais jamais au commencement de ma journée comment ces différents éléments vont s’agencer entre eux.
– Un oloé* ? Mon endroit préféré pour écrire est le train.
    * oloé : « espaces élastiques où lire où écrire ». Mot créé par Anne Savelli dans son livre Des oloé
     (D-Fiction, 2011), et repris depuis par de nombreux auteurs et lecteurs.

Biographies et travaux

 
Éditorial

La Marelle est heureuse d’accueillir, pour une résidence exceptionnelle, le grand écrivain britannique Jonathan Coe. Auteur d’une œuvre dense et ambitieuse, couronnée par de nombreux prix et récompenses littéraires, ses romans sont des tours de force où se trouvent réunis la jouissance d’un récit palpitant, souvent construit avec brio, et une cinglante satire politique et sociale de son pays. Un écrivain engagé, voire enragé, qui – sous une douceur apparente ! – use de son art pour interroger la manière dont les dirigeants, politiques et économiques, mènent le monde sur des voies hélas de plus en plus insupportables. Usant d’une palette très variée de situations, de contextes historiques et géographiques, il s’intéresse autant à ce que vivent les hommes et les femmes dans leur intériorité et l’intimité de leur quotidien, qu’aux sources des maux qui frappent une société entière.

« Pour écrire, surtout au moment de commencer un livre, il me faut quitter Londres », dit Jonathan Coe. Cette fois, c’est donc à Marseille qu’il a choisi de démarrer ce processus, pour un roman qui va remonter le temps afin de tenter de comprendre comment le Royaume-Uni en est arrivé… à se désunir. Un univers une fois de plus très « British », on le voit, mais qui rencontre toujours des lecteurs passionnés en France. Et l’on croit savoir que ceux-ci retrouveront même Marseille au détour de quelques pages de ce futur livre !

Pour terminer, signalons que Jonathan Coe est un auteur qui s’intéresse aussi aux structures innovantes ou singulières que proposent d’autres écrivains, tels que B. S. Johnson ou Ali Smith. Effectuer une résidence d’écriture à La Marelle, placée sous la figure tutélaire de Julio Cortázar, autre grand inventeur de formes littéraires, ne pouvait que le séduire.

Pascal Jourdana
Directeur artistique de La Marelle, août 2017

 

2 euros – ISSN 2274-3154
Envois courrier et abonnements sur simple demande auprès de La Marelle

 

La première chose que je peux vous dire… est aussi une revue radiophonique, diffusée chaque dernier dimanche du mois sur 88.8 fm Marseille. Une coproduction La Marelle / Radio Grenouille. Voir aussi la page de l’émission.

Exceptionnellement, la forme radiophonique de cette revue n’a pas été diffusée sur Radio Grenouille. Mais il est possible de retrouver un entretien avec Jonathan Coe mené par Pascal Jourdana aux Correspondances de Manosque en 2015 (bientôt en ligne).

Voir les autres numéros.