La première chose que je peux vous dire… #10

Marie Cosnay

La revue de La Marelle – Juillet 2016

La première chose que je peux vous dire c’est que j’ai très envie de venir à Marseille. Passer de l’océan qui est un peu le mien, c’est-à-dire à côté duquel je suis née, ce qui est peu de chose au fond, à la mer dont j’ai toujours pensé, mais pourquoi, que c’était tout comme si j’y étais née. Les pluralités des histoires passées par là, auxquelles je tenais comme si j’y avais été.

Au sommaire de ce numéro 10

Texte inédit
Un petit trou strident (Pyrame et Thisbé), de Marie Cosnay.

La première chose que je peux vous dire
La première chose que je peux vous dire c’est que j’ai très envie de venir à Marseille. Passer de l’océan qui est un peu le mien, c’est-à-dire à côté duquel je suis née, ce qui est peu de chose au fond, à la mer dont j’ai toujours pensé, mais pourquoi, que c’était tout comme si j’y étais née. Les pluralités des histoires passées par là, auxquelles je tenais comme si j’y avais été. C’est de Marseille qu’embarque mon arrière-grand-père qui s’en va au début du 20e siècle faire l’imprimeur à Addis Abeba. C’est à Marseille qu’arrive le père de mon fils, en 1962, sur un bateau et après une histoire dont il n’a jamais rien dit. C’est ici que sont prisonniers les communards de Paris avant d’être déportés en Nouvelle-Calédonie et tout ça, c’est comme si j’y étais. C’est cette mer fermée qu’on touche à Marseille que des hommes, des familles, tentent de traverser pour fuir guerres, totalitarismes, misères – et pour suivre un bout de rêve, parfois rêve obligé. Et tout ça, c’est, je ne sais pas pourquoi, comme si j’y étais.

Le « questionnaire » décalé
– Un auteur fétiche et pourquoi ?
– Une journée type de l’écrivain au travail ?
– Un « toc » de langage ?

Biographies et travaux de Marie Cosnay

 

Éditorial 

Le travail de Marie Cosnay est remarquable par sa manière très singulière d’articuler la forme, d’une précision et d’une exigence rare, à la réflexion politique et sociale, très engagée. Le langage est chez elle un outil, voire une arme, qu’elle déploie dans tous ses aspects, avec des projets littéraires toujours ancrés dans les réalités de notre temps. Ses textes témoignent de ce qu’on voit à l’œuvre, de ce que fabrique la politique d’hier et d’aujourd’hui.

Elle dit : « L’Histoire est un bon moyen de rentrer dans l’épaisseur du vécu. De tenter de comprendre. Je remonte les générations. Des phénomènes surgissent. Des vaincus surgissent. Des morts. […] J’ai l’impression de parler d’aujourd’hui, avec un détour. […] J’ai envie de fiction pourtant. » On peut ajouter, comme son ouvrage Cordelia la guerre le prouve, qu’elle aime aussi embarquer le lecteur dans une véritable aventure romanesque.

C’est une grande joie de l’accueillir à La Marelle où elle entame un travail d’écriture sur If, ce rocher de la Méditerranée qui, dans la représentation commune que l’on s’en fait dans le monde entier, n’existe que par et pour son château. Un îlot, minéral et presque vide donc, mais empli de récits aussi bien réels qu’imaginaires. Son exploration ira d’abord vers la ville immense qui lui fait face, Marseille, puis élargira le cercle géographique et historique : au Sud de la France, à la mer, et, de l’autre côté de la mer, à l’Algérie. Tout cela à la suite d’une anecdote racontée par un ami – la découverte d’un nom gravé sur les murs d’un cachot… – qui déclencha chez Marie Cosnay le désir de réunir par l’écriture, en un lieu d’enfermement mythique, deux temps, deux espaces, deux choix de vie…

Pascal Jourdana
directeur artistique de La Marelle, mai 2016

 

La Marelle remercie très chaleureusement Myrto Gondicas pour les dessins qu’elle a réalisés spécialement pour ce numéro.

2 euros – ISSN 2274-3154
Envois courrier et abonnements sur simple demande auprès de La Marelle 

Voir les précédents numéros.