Parlare di un libro a Marsiglia / Parler d’un livre à Marseille

Può un libro essere un sentimento? Sì, non soltanto un racconto di sentimenti, storia d’amore o di amicizia, non soltanto capace di dare la temperatura dei sentimenti oggi (sovversivi o decisivi che siano), ma un sentimento completo, fatto di carta e di pagine, di colla e – in questo caso – di foto e di disegni. Se si tratta di Autonauti della cosmostrada di Carol Dunlop e Julio Cortázar, sì, può. Di questo libro ho già parlato in articolo pubblicato su La Lettura, il supplemento del Corriere della Sera. Per via di quell’articolo, Pascal Jourdana, direttore letterario di La Marelle qui a Marsiglia, dove sono in residenza, ha voluto invitarmi a una tavola rotonda che fa parte di un convegno diviso in tre parti e dedicato al centenario della nascita di Julio Cortazar. Il viaggio in autostrada dei due autori partiti da Parigi, si chiude a Marsiglia e non poteva essere che questo, allora, il posto dove parlare di questo libro-sentimento.   È stata una tavola rotonda intensa, animata da Pascal, con Sylvie Protin, traduttrice e studiosa di Cortazar e direttrice scientifica del convegno, lo scrittore Pierre Menard e Stéphane Hébert, il figlio di Carol Dunlop, che all’epoca del viaggio, il 1982, era appena tredicenne e fu autore dei disegni del libro. Sua madre morì pochi mesi dopo e Stéphane non volle più saperne di quei disegni, di quel libro, e nemmeno della letteratura, dell’arte. Oggi fa l’avvocato di cause aerospaziali fra Zurigo e Londra e solo da pochi mesi si è riavvicinato a quel libro — il suo libro — e alla madre scrittrice. E a Julio Cortázar, ovviamente. È stata una grande emozione conoscerlo, ascoltare la sua storia e i suoi dubbi di oggi. Ed è stato emozionante e imbarazzante, al contempo, parlare di sua madre e di quel libro bellissimo accanto a lui. Che ci ha ascoltato e ha raccontato di come, tornati dal viaggio, Carol e Julio gli chiesero di leggere il manoscritto e di fare i disegni, che lui fece, anche se era estate, stavano al mare, e lui avrebbe preferito nuotare anziché « fare i compiti ». Poi ha aggiunto che lì, in mezzo a noi addetti ai lavori, si sentiva un intruso. Allora ho preso il microfono e gli ho detto che no, caro Stéphane, tu sei co-autore di questo libro, inimmaginabile senza i tuoi disegni. E proprio no, tu non sei affatto un intruso. Noi, invece, magari.

E alla fine, senza pudore, gli ho chiesto di aggiungere un disegno in più, per me, nell’ultima pagina di Autonauti della cosmostrada.

 

Un livre peut-il être un sentiment ? Oui, pas seulement un récit de sentiments, une histoire d’amour ou d’amitié, pas seulement capable de donner la température des sentiments aujourd’hui (tout subversifs ou décisifs qu’ils soient), mais un sentiment à proprement parler, fait de papier et de pages, de colle et – dans le cas présent – de photos et de dessins. Si l’on considère Les Autonautes de la cosmoroute de Carol Dunlop et Julio Cortázar, oui, c’est possible. J’ai déjà parlé de ce livre dans un article paru dans La Letteratura, le supplément littéraire du Corriere della Sera. En raison de cet article, Pascal Jourdana, le directeur littéraire de La Marelle, ici à Marseille, où je suis en résidence, a voulu m’inviter à une table ronde faisant partie d’un colloque en trois parties dédié au centenaire de la naissance de Julio Cortázar. Le voyage sur l’autoroute des deux auteurs, partis de Paris, se termine à Marseille et le lieu pour parler de ce livre-sentiment ne pouvait être que celui-ci. La table ronde a été intense, animée par Pascal, avec Sylvie Protin, traductrice et spécialiste de Cortázar et directrice scientifique du colloque, l’écrivain Pierre Ménard et Stéphane Hébert, le fils de Carol Dunlop, qui à l’époque du voyage, en 1982, avait à peine treize ans et fut l’auteur des dessins du livre. Sa mère mourut quelques mois plus tard et Stéphane ne voulut plus entendre parler de ces dessins, de ce livre, et même de la littérature ou de l’art. Aujourd’hui, il est avocat spécialiste des affaires liées à l’aérospatiale entre Zurich et Londres, et cela ne fait que quelques mois qu’il est retourné vers ce livre – son livre – et vers sa mère écrivain. Et vers Julio Cortázar, bien entendu. Le rencontrer a été une grande émotion, ainsi qu’écouter son histoire et ses doutes d’aujourd’hui. Et, dans le même temps, parler de sa mère et de ce magnifique livre devant lui a été à la fois émouvant et embarrassant. Il nous a écoutés et il a raconté comment, de retour du voyage, Carol et Julio lui avaient demandé de lire le manuscrit et de faire les dessins, ce qu’il a fait, même si c’était l’été, qu’ils étaient à la mer, et qu’il aurait préféré aller se baigner plutôt que « faire ses devoirs ». Puis il a ajouté que, au milieu de spécialistes comme nous, il se sentait comme un intrus. Alors j’ai pris le micro et je lui ai dit « Non, cher Stéphane, tu es le coauteur de ce livre, qui est impensable sans tes dessins. Alors non, vraiment, tu n’es pas un intrus. Nous, en revanche, peut-être. »

Et à la fin, sans aucune pudeur, je lui ai demandé d’ajouter un nouveau dessin, pour moi, à la dernière page des Autonautes de la cosmoroute.

 
Traduit de l’italien par Silvio Florio

 

 

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