OMAR YOUSSEF SOULEIMANE

Revenir à Homs ?

Mai-juin 2020

Un Syrien exilé, Naji, vit dans la banlieue parisienne. Il reçoit les mauvaises nouvelles de son pays, tous les jours. Il va tenter de trouver la paix, dans un monde rempli de violence et combats, pour rester vivant malgré tout.

Un Syrien exilé vit en banlieue parisienne. Il reçoit la nouvelle de la mort de son père alors qu’il est seul dans sa chambre. Il fait appel à sa mémoire, pour raconter le personnage de ce père, le milieu où il a été éduqué en Syrie, afin d’arriver à comprendre l’importance de cette perte. Ce milieu présente des points communs avec le monde de la banlieue, les mêmes paradoxes, l’islamisation, la violence. Il va tenter d’y trouver la paix.

La France est devenue une partie de lui-même. C’est la terre qui l’a sauvé de la guerre. S’il vit entre deux cultures, deux langues et deux mondes, il connaît aussi un double exil à Bobigny, dans le nord-est de Paris, où il vit comme un étranger parmi des habitants issus de la même culture que lui. À travers son regard, ses discussions avec les Arabes de banlieue, les islamistes, les dealeurs de drogue, les migrants qui ont réussi à se faire une vie, son amie française qui représente une partie de la jeunesse perdue, il raconte sa vie quotidienne.  

 

« J’ai fui la Syrie en 2012. Depuis, j’ai réussi à me créer une nouvelle vie ici, en France, j’ai appris une nouvelle langue dans laquelle j’écris. Écrire en français signifie pour moi penser dans cette langue, mais pas comme un français, ni comme un étranger : comme un réfugié dans la culture française.

La guerre a changé les gens en Syrie, l’exil m’a changé aussi, mais d’une manière différente. Les questions surgissent. Si je revenais un jour, si le régime du dictateur tombait, est-ce que je me sentirais à l’aise en Syrie ? Ça serait compliqué, je resterais aussi exilé dans mon pays d’origine. Une autre question à laquelle je pense tous les jours : si la guerre n’avait pas commencé, comment vivrais-je aujourd’hui ? Est-ce que je serais toujours en Syrie, dans ma chambre à Homs où j’écrivais et je travaillais comme un journaliste ? Est-ce que je serais marié ? Aurais-je des enfants ? Et peut-être aurais-je réalisé mon rêve de l’époque : faire un doctorat de littérature comparée ? Ces questions n’ont pas de réponses. Mais Naji, lui, n’arrête pas d’y réfléchir. Quand on est obligé de changer de vie, quand on n’arrive pas à décider de son avenir, les questions deviennent obsédantes.

Parfois, j’ai l’impression que tout ce qui s’est passé, toute cette horreur, n’était qu’un film, un songe… Et j’imagine qu’un jour, je vais me réveiller et me trouver à Homs. Cette hypothèse est inspirante, elle me permet de voir les scènes de ma vie d’une façon plus lointaine, de méditer sur les étapes de cette vie, dont on sait à quel point elle est fragile, et courte. »

Omar Youssef Souleimane

 

          

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La première chose que je peux vous dire…

Le Carnet de résidence d’Omar Youssef Souleimane

Omar Youssef Souleimane

Romancier, poète, journaliste
Syrie, France

 

Omar Youssef Souleimane © Claude Grassian : Flammarion

Omar Youssef Souleimane est né en 1987 à Quoteifa, sur les plateaux du Kalamoune à une quarantaine de kilomètres au nord de Damas (Syrie). Après avoir obtenu un baccalauréat scientifique en 2005, il étudie la littérature arabe à l’université de Homs. Entre 2006 et 2010, il a été correspondant de la presse syrienne et a collaboré avec de nombreux journaux arabes. Il est l’auteur de livres de poésie, dont Je ferme les yeux et j’y vais, prix koweitien Souad Al Sabah en 2010.

Ayant participé aux manifestations pacifiques dès mars 2011 à Damas puis à Homs, il a été recherché par les services des renseignements syriens. Afin d’éviter la prison, il est entré dans la clandestinité et est parvenu à quitter son pays. La France, où il vit depuis 2012, lui a accordé l’asile politique.

Il a publié depuis son exil plusieurs recueils de poème bilingues français / arabe, et deux romans en français.

 

Bibliographie

  • Chansons des saisons, poèmes, Syrie, 2006
  • Je ferme les yeux et j’y vais, poèmes, 2010
  • Il ne faut pas qu’ils meurent, poèmes, Liban, Al Ghaoune, 2013
  • La Mort ne séduit pas les ivrognes, poèmes, Paris, L’Oreille du loup, bilingue français / arabe, 2014
  • L’Enfant oublié, Paris, poèmes, Signum, 2016
  • Loin de Damas, Paris, poèmes, Le Temps des cerises, 2016
  • Le Petit Terroriste, récit, Flammarion, 2018 (adapté au théâtre à MC93 Bobigny)
  • Le Dernier Syrien, roman, Flammarion, janvier 2020

Sitographie