Marseille-Shanghai : villes poétiques

WANG YIN 王寅

Résidence en juillet et août 2018

Un travail d’écriture critique, pour une enquête sur la poésie à Marseille et à Shanghai…

« Marseille et Shanghai sont toutes les deux des villes portuaires, elles ont produit bon nombre de poètes et d’écrivains. L’angle d’attaque d’un rapprochement entre les deux cités portera sur le présent et le passé, je m’appuierai pour ce faire sur des textes et des images, consulterai des documents en bibliothèque et toutes sortes d’archives, surtout des illustrations. Je programmerai également des entrevues avec des auteurs qui vivent et écrivent dans ces deux villes afin de mieux comprendre les liens qu’entretiennent leurs textes avec le port et la mer.

J’ai déjà interrogé ce lien avec la mer lors d’une résidence à la meet (Maison des écrivains étrangers et traducteurs de Saint-Nazaire). J’y ai écrit une série de poèmes qui interrogent la mer comme lieu de « séjour » du poète, le port comme lieu d’arrivée et de partance. Lieu de passage d’un monde à un autre, le port est ouvert sur l’horizon, sur l’ailleurs, en même temps qu’il est lui-même un horizon désiré, un refuge espéré après l’instabilité d’une traversée en mer. Il est aussi une limite, entre la terre ferme et la mer, sans être parfaitement aucun des deux. En tout cela, il est un espace trouble. Cette ambiguïté de « nature » renvoie le poète à la remise en cause de l’identité « solide » des choses et des êtres ; le principe d’identité du poète lui-même s’en trouve ébranlé. Le port invite ainsi à une « conversion » du regard, devenant par là un lieu poétique par excellence.

Je reviens sans cesse à cette question qui est au centre de mon travail. Et bien sûr, Shanghai, qui est devenue une ville que je quitte sans cesse et où je reviens toujours. J’y suis né et j’y habite, c’est pourtant le lieu qui me paraît le plus étranger, auquel je n’ose me frotter. La regarder de loin est pour moi le seul possible de m’en (r)approcher. Je finis la préface de mon livre Ville de silence avec ces mots : « Lorsque je me retrouve à un autre fuseau horaire et que je me tourne vers mon pays natal, je vois toujours sur mon corps la marque de Shanghai, telle une tache de naissance. (…) je n’ai jamais quitté cette ville brumeuse, je me contente de reproduire ce geste ancestral : insérer dans mes livres les cheveux blancs que je perds. »

Dans Marseille, trouver Shanghai. Rencontrer les poètes de Marseille pour trouver le moi poète.

Enfin, je souhaiterais profiter de ma présence dans le Sud de la France pour me rendre aux Rencontres internationales de la Photographie d’Arles, puisque je suis aussi photographe, et que l’image est une part importante de mon travail artistique, qui vient nourrir celle sur l’écrit. Poésie et photographie sont pour moi intimement liées. »

Wang Yin

PROLONGEMENTS

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Wang Yin

Poète, critique d’art, photographe
Chine

Wang Yin © D.R.
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Les éditions Caractères

La galerie d’art chinois Vitamine Creativ Space

Wang Yin est né en 1962 à Shanghai. Il a commencé à écrire de la poésie et à publier des revues non officielles de poésie au début des années 1980.Il a signé des documentaires dont La longue marche, Cent ans de Shanghai, primés respectivement en 1995 et en 1998. En 2005, il a publié une anthologie de ses meilleurs poèmes écrits pendant ces vingt années, et en 2015 une autre anthologie, Limelight, contenant de nouveaux poèmes et reprises de certains du premier recueil.

Parallèlement, il exerce son activité de photographe, et ses photos sont entrées dans les collections de nombreuses galeries d’art. Il participe régulièrement à des festivals d’arts, de littérature ou de poésie, dans le monde entier, ainsi qu’à de nombreuses expositions photographiques en Chine et à l’étranger.

Il coordonne, à Shanghai, la manifestation « La poésie va au musée » où sont invités chaque année des poètes chinois ou étrangers comme Adonis, Shuntaro Tanikawa, Simon Armitage. Il s’agit de la manifestation poétique qui connaît actuellement la plus grande durée en Chine et qui, en 2013, a remporté à ce titre le grand prix du Courrier du matin d’Orient  (Oriental Morning) de l’événement de l’année en Chine. Il a obtenu plusieurs prix de poésie dontle Prix de la poésie du Jiangnan et le prix « Dong Dangzi » (东荡子), 3e édition pour le recueil Limelight.

Parutions (en français)

 

Poésie (recueils traduits par Chantal Chen-Andro)

  • Ville de silence (« Wusheng de chengshi, 无声的城市), bilingue, Éditions Caractères, 2014.
  • Un mot de trop est menace (« Shuo duole jiu shi weixie », 说多了就是威胁), bilingue, Éditions Caractères, 2015.
  • Parce que (« Yinwei », 因为), Les Bilingues, Meet, 2016.