Marseille noir. Sur les traces de Claude McKay

Dernière semaine

Armando tient à m’offrir un grand cadeau avant l’heure. Il veut me montrer son Marseille d’antan, celui des premiers migrants noirs. Celui de Claude McKay. Même si on a décidé de ne pas fêter son anniversaire, un cadeau pareil, ça ne se refuse pas. Par un guide sans pareil : Armando Coxe (Marseillais d’origine angolaise, anthropologue, animateur de radio, agitateur culturel, spécialiste de McKay à Marseille et surtout cheville ouvrière du Collectif Claude McKay.

Dans une semaine, c’est mon anniversaire. 54 piges, je n’en reviens pas toujours. Personne n’est au courant. Mais il faut croire que les orishas sont bavards. Armando tient à m’offrir un grand cadeau avant l’heure. Il veut me montrer son Marseille d’antan, celui des premiers migrants noirs. Celui de Claude McKay. Même si on a décidé de ne pas fêter son anniversaire, un cadeau pareil, ça ne se refuse pas. Par un guide sans pareil : Armando Coxe (Marseillais d’origine angolaise, anthropologue, animateur de radio, agitateur culturel, spécialiste de McKay à Marseille et surtout cheville ouvrière du Collectif Claude McKay.

Présentation de ma pomme (par Armando)

Écrivain djiboutien confirmé, professeur à George Washington University (Washington DC), dont le dernier opus La divine chanson est consacré à Gil Scott-Heron, compositeur, chanteur et poète afro-américain, Abdourahman Waberi est en résidence à La Marelle à Marseille. Admirateur de Claude McKay, figure majeure de la « Harlem Renaissance », Waberi s’est laissé entraîner dans un petit pèlerinage proposé par Armando Coxe dans ce qui fut le décor de Banjo, le roman de la Fosse, le Quartier Réservé, entre le bassin de la Joliette et le Vieux port, à peu près où se dresse le MuCEM aujourd’hui, une zone interlope où marins et vagabonds du monde entier se pressaient dans des bistrots miteux et le mancebias du « Dreamport ».

Plan
12h15. Rencontre devant l’Alcazar
12h30. Couscous au restaurant Sur le pouce, 2 rue des Convalescents (ne pas rire !). Bel établissement dans son genre. Tout le monde vous le dira : on y mange bien et pas cher.
Nous sommes dans un coin particulier de Belsunce, là même où McKay a écrit son célèbre roman Banjo entre deux escapades, entre Marseille et Tanger, porte de son entrée en Afrique.

14h. Visite de l’atelier du grand frère Tom (ou Thomas) Sarr, le gentleman rasta et sa baronne blonde. La légende (confirmée par le couturier excentrique) colporte que le romancier, cinéaste sénégalais Sembène Ousmane a composé quelques pages de son Docker noir dans la boutique de Tom Sarr qui tient de la caverne d’Ali Baba. Assis sur des tabourets pas brinquebalants mais dansants, nous y sirotons un excellent jus de quinqueliba tout droit arrivé du pays sereer. De Palmarin plus exactement. Ce village est désormais connu pour deux de ses nombreux enfants : Léopold Sédar Senghor et… Tom Sarr.

Tailleur, créateur de mode, propriétaire de voitures habillées aux couleurs du continent africain, Tom Sarr est un personnage que le cinéma d’Ouagadougou ne parviendrait pas à lui donner toute sa saveur et son relief. Sa boutique est précisément « un lieu de mémoire » selon le sens que Pierre Nora a donné à cette expression.

15h. Promenade autour du Vieux Port et l’ancienne Fosse, en descendant par la rue Caissière vers l’ancienne place Victor-Gelu et le fameux Café Sénégalais de Banjo, en passant devant l’ancien Hôtel Nautique (actuel Hôtel Alizé) où s’était installé McKay (la vue donnait sur l’actuel Quai des Belges).
Les Africains sud-sahariens (les Maghrébins et leurs descendants arrivent plus tard, sans doute au début des années 1960), les Caribéens, les musiciens de jazz, de biguines, les filles exotiques et les marins noirs hantaient le jour et la nuit ce qui est aujourd’hui le cœur de la cité phocéenne. Le futur académicien et président Senghor alors étudiant y côtoyait Sembène docker !

15h30. Bifurcation vers la Mairie et l’ancienne Fosse, l’ancienne rue Bouterie (l’équivalent de la rue Pigalle en plus concentré) pour achever le périple par le Passage Claude McKay.

16h. Café chez JM G, Marseillais de toujours, professeur émérite à Georgetown University Washington DC, membre du collectif Claude McKay et compagnon de JF A., professeur émérite à George Washington University, parti en retraite un an avant mon arrivée dans cette noble institution.

18h. Retour à La Friche. Pot organisé par Africa Fête pour remercier les bénévoles et ami·e·s du festival.

Soirée. Chagrin. Pas envie de partir.