Le déluge

La première chose que je peux vous dire c’est que Marseille m’a prise à contrepied !

Marseille, 3arrondissement

Mercredi 3 avril

La première chose que je peux vous dire c’est que Marseille m’a prise à contrepied ! J’avais imaginé une arrivée triomphale sur le parvis de la gare Saint-Charles, éclaboussée par un soleil fracassant ! Et me voici titubant sous le déluge, détrempée par cette Friche que je déchiffre à l’orée de la nuit, aspergeant au passage le parquet de mes hôtes bienveillants, quoiqu’un peu suspicieux : Un temps pareil à Marseille n’est pas anodin ! Et vous êtes normande ?

À peine mes bagages déposés, j’avais rêvé de courir voir la mer mais l’orage redouble d’intensité et me contraint seulement à un tour du pâté de maisons. Je sors du site et déambule, hagarde, dans le quartier. L’humidité étire les bâtiments et les rares silhouettes rasent les murs… je laisse la pluie tenace emporter les derniers résidus du voyage. J’abandonne dans les flaques des bribes de frustration, des lambeaux de désespoir, je laisse dans l’air un sillage plus léger, plus pur. Je renais alors, lavée de mes souillures.

J’aperçois sur le pont ma nouvelle demeure, accrochée au flanc du chemin de fer. La villa semble hantée sous les éclairs tonitruants. De l’intérieur elle vit, c’est certain, à travers toutes les auteures et les auteurs qui l’ont fréquentée. Me voilà devenue gardienne, du haut de mon phare citadin, je guette avec une nouvelle acuité, les trains, les voyageurs, les artistes, et les badauds. De la fenêtre de la chambre, au milieu des lumières de la ville, une lueur attire mon attention. Je devine au loin, fière et bienveillante, Notre-Dame-de-la-Garde diffuser ses rayons divins sur l’archipel du Frioul…

Au petit matin, je découvre un nouvel univers.