Jour 12. Le Bar Jo

Au Bar Jo, c’est Linda qui ouvre, Linda qui sert, Linda qui tient, Linda qui ferme. Elle habite juste au-dessus.

Au Bar Jo, c’est Linda qui ouvre, Linda qui sert, Linda qui tient, Linda qui ferme. Elle habite juste au-dessus. Avec les gaz des voitures, si elle ouvre ses fenêtres, elle meurt. À part ça, y’a pas à se plaindre. Toutes les langues se retrouvent ici, et quand Linda parle, on écoute la sienne. Il y a le Serbe, par exemple, qui s’embrouille avec l’Albanais. Alors quand Linda passe entre les tables, elle lui dit d’un ton ferme qu’ici, on reste calme, y’a pas d’embrouille. Honteux, il prend une voix de miel pour lui dire que c’est pas lui, que c’est sa langue, les intonations de son pays sont comme ça, y’a quiproquo, on le lui reproche toujours. Linda sourit. Elle sait très bien qu’il baratine : on l’a tous entendu de sa voix tendre ronronner au téléphone en langue natale à son amour immense. Linda lui dit ça va, ça va, et retourne à son bar.

 

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