Image : Photo © Danielle Vioux

Prendre refuge, de Lionel Parrini

Je n’ai même pas eu besoin de faire ma valise.
Je n’avais rien.
Rien à transporter.
Rien de visible.
Je quittais une vie pour une autre et cet espace – qui m’avait choisi – comment pourrait-il en être autrement ? allait devenir, devenait, mon espace de vie.
Un espace de vie pour moi.
Rien que pour moi : depuis combien de temps cela ne s’était-il pas produit ?
Ce nouvel espace. Cette nouvelle vie.
Un aménagement sans déménagement.
Tout à refaire. Partir de zéro mais avec un immense soulagement. Un sourire. Et de la gratitude. Pour la vie.
Ce petit espace est une oasis : je m’y sens bien déjà. Il n’y a qu’à voir la lumière. C’est une lumière de paix. Elle me caresse, m’enveloppe. Me murmure : tu peux enfin respirer à ton rythme.
Tout ce silence. J’avais oublié combien le silence peut être délicieux.
Et cette clé dans les mains. Si vous saviez ce que j’ai ressenti avec cette clé. Son contact sur ma peau. Une immense liberté. Le pouvoir de rentrer chez soi. Dans son nouveau chez soi.
Et c’était terriblement excitant.
Le cerveau s’est mis en marche très vite. Il jouissait. Il me disait. Il me parle mon cerveau.
Tu vas enfin pouvoir recevoir. Faire la cuisine.
À ceux qui t’aiment. Ceux qui t’ont aidé. Ceux qui ont cru en toi. Ceux qui ne t’ont jamais jugé. Ceux qui t’ont vraiment écouté. Ceux qui ont compris que cette vie que tu quittais, tu la quittais pour ne pas te quitter toi. Pour ne pas mourir dans la peau d’un autre. Pour ne pas devenir un faux-semblant.
Je me suis meublé en marchant. On m’a donné des trucs. Et petit à petit, de connaissances en petits plans, cet espace est devenu comme une petite maison. J’y suis vraiment bien. Et ceux qui viennent me rendre visite aussi. Ce cocon, c’est mon troisième pays. C’est une partie de moi-même. Un prolongement. Mais ce n’est pas mon refuge.
Mon refuge est ailleurs.
Quand tu te retrouves sans maison du jour au lendemain, trouver un refuge devient une nécessité, et pour survivre, il m’en fallait un : même s’il n’avait pas de toiture.
Je suis allé au pilon du roi. Une immense roche droite : grande dent qui croque le bassin méditerranéen. La mer. Les collines. Marseille. Aubagne. Le pays d’Aix-en-Provence. Les horizons. Une dent grandiose, élégante et brute, qui surplombe la Provence. 360 degrés de rêves, de possibilités d’hébergement. Je contemplais le panorama en embrassant le vent.
J’ai collé mon torse sur cette immense roche. Pour sentir son pouls. Sentir le mien. S’accorder. Écouter nos murmures. Fusionner. Des larmes de joie. Ne plus se sentir seul.
C’est dans la pierre que j’ai trouvé réconfort.
Et refuge dans ce rituel qu’elle et moi nous avions instauré naturellement. C’est au contact de cette pierre que j’ai trouvé la force d’y croire encore.
Je ne peux pas oublier ce qu’elle représente pour moi.
C’est avec elle, à ciel découvert, et même les jours d’orages, que j’ai toujours cru à un toit possible.
La roche vibre, elle vous parle, quand vous n’êtes plus encombré par des artifices.
Un jour, je n’allais pas très bien.
Je n’avais plus la force de redescendre le sentier.
J’avais faim et je n’avais même pas de téléphone pour prévenir quelqu’un de ma présence, ici.
Alors, je me suis assis contre la roche et j’ai regardé le ciel qui est passé en quelques heures du bleu à l’orange, du mauve à l’obscurité sans lune.
Je me suis demandé à ce moment-là : ce qu’était l’espoir.
Si c’était vraiment de l’attente.
Je me suis dit que non. Parce que l’attente, ça fait souffrir.
Et que l’espoir que j’avais dans le cœur ne me faisait pas peur.
La question n’était pas de savoir si je trouverai un jour un toit, mon propre toit.
La question c’était de savoir quand.
J’en étais persuadé.
C’est depuis ce jour-là que j’ai compris que pour moi, mon refuge, mon plus beau refuge, c’est ma foi.

 

Ce texte est proposé en complément de la revue No-Mad Land : l’expérience de l’ailleurs, dans laquelle Lionel Parrini publie également un texte titré « Quand ta porte est fermée ».

Carnet de résidence

No-Mad Land

10 juillet 2021

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