Marina Skalova

ne pas savoir # 1

corps-à-corps silencieux seul le vide croit-on mais les mots sont là et mènent la ligne à son prolongement qui n’est pas aboutissement savoir aussi qu’écrire est présence attention au croassement des corbeaux volets grinçants des voisins vent mugissant savoir que le réel affleure là par vagues tour à tour sur-présentes c’est le seuil de la présence avant qu’elle ne se mue
en envahissement puis ne se
dissipe à nouveau quelques instants rien une porte claque
les doigts continuent sur le clavier comme si de rien
tu lapes quelques gorgées de thé brûlant tiens « tu » est apparu dans le texte
c’est un « tu » sans déclinaison ni féminin ni masculin une instance et le vent
continue par bourrasques et tu bois le thé tu attends

un cri d’enfant s’élève et au loin un avion tout cela
le réel par couches – des strates évanescentes, fines membranes, lentilles de contact qui se recouvrent et s’interchangent ?
où le réel une couche qui s’emplit au fur et à mesure puis qu’il faut jeter au bout d’un certain temps quand le monde a fini sa vidange

je préfère penser aux couches du réel comme à de fines strates de film transparent chacune se tend mais ne recouvre pas l’autre forcément elles sont simplement là tout en même temps

et parfois une couche de film se froisse se replie s’enroule sur elle-même voire se déchire cela arrive

mais les strates sont nombreuses le bruit continu du marteau dans l’escalier la vibration du téléphone tu ne dois pas te lever ce n’est pas une injonction supérieure à celle des mots je ne sais pas qui t’a fait croire cela
tiens « je » est apparu dans le texte  

et les bruits se font plus pressants dans l’escalier des portes des marteaux la clameur des travaux ravalement de façade de l’autre côté de l’immeuble à ta gauche et le vent qui mugit du côté de la fenêtre à ta droite le bruit te crispe tu réfléchis à mettre un casque anti-bruit un casque avec de la musique qui te couperait du réel sonore qui t’environne

tu réfléchis à ce qui resterait du réel si tu
enlevais le son le réel serait les perceptions de ton corps la douleur dans le bas-ventre le sang qui s’écoule en ce moment sans l’ouïe pour te distraire tu reviendrais vers ce centre du monde tes perceptions
à droite aussi maintenant un marteau

tu penses à ce réel dont tu as envie de fuir la présence lorsqu’il survient et vers lequel tu tends en son absence car peur du vide
si tu coupes le son tu mettras la musique ou alors tu saisiras le livre pour que la musique des mots d’autrui recouvre le silence des tiens
à chaque interstice c’est ton corps qui impose sa conscience bruyante son diktat est plus fort que celui du monde autour

et le vent encore le vent et tu te résous tout de même à ouvrir le livre Dominique Fourcade magdaléniennement

Carnet de résidence

Marina Skalova

25 avril 2021
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