Autosurveillance #14

Il pleut. C’est sûrement excessif, mais : Marguerite Duras, La douleur : Quand j’ai perdu mon petit frère, mon petit enfant, j’avais perdu aussi la douleur, elle était pour ainsi dire sans objet, elle se bâtissait sur le passé. Ici l’espoir est entier, la douleur est implantée dans l’espoir.

Ce genre de phrase, c’est un rail. J’échange des messages avec L., on se souhaite un bon week-end, je lui envoie la photo de la couverture de ce livre, elle se réjouit pour moi de mes lectures enthousiasmantes, je me rappelle que j’ai lu aussi Traité du désespoir de Kierkegaard lors d’une résidence d’écriture, il faut ce qu’il faut. D’autres lectures plus joyeuses m’attendent dont L’opium du ciel, de Jean-Noël Ortengo, écrit dans la tête d’un drone, et Hic d’Amélie Lucas-Gary.

D. me rend visite, il passera le week-end avec moi à la Friche. Nous nous promenons sur le Vieux-Port en admirant les bateaux. J’ai donné rendez-vous à A., une amie artiste plasticienne de passage à Marseille. Nous passons la soirée à parler politique tout en essayant les pizzas sans gluten (pourquoi ?) dans le quartier du Cours Julien. A. vit la plupart du temps de l’autre côté de la terre, dans un pays sauvage et naturel, où elle a fait construire une maison écologique. Nous parlons des évolutions technologiques et algorithmiques nous poussant à reproduire et à adopter les mêmes comportements, les mêmes idées, à nous conformer à la majorité. À accentuer finalement les violences sociales déjà à l’oeuvre dans le monde réel. Nous parlons des révélations de la journaliste Judith Duportail en 2018 sur Tinder, dont l’algorithme favorise la mise en relation d’hommes plus âgés avec des femmes jeunes, moins riches et moins diplômées. La question n’est plus de savoir si l’on est traqués ou pas, puisqu’on l’est, et volontairement en plus, mais de savoir comment nos données personnelles vont maintenant agir sur nos vies. Je parle à A. des statistiques, je me demande si ce n’est pas en intégrant les statistiques à tout bout de champ dans tous les systèmes informatiques qu’on finit par les reproduire de manière plus violente, puisqu’on ne raisonne jamais sur un cas particulier. Pourtant, me répond A., nous sommes tous des cas particuliers.

Carnet de résidence

Gabrielle Schaff

24 janvier 2020
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