Autosurveillance #20

C’est aujourd’hui qu’un militant pour le droit au logement est jugé à la Collégiale. Il est soupçonné d’avoir blessé au doigt une employée municipale lors d’une manifestation. Certains défendent leurs droits ; d’autres leurs doigts. J’avais noté la date de son procès depuis un mois, et j’arrive en avance. Il y a quelques journalistes, on fait la queue pour entrer, tour à tour chaque personne s’effeuille, enlève sa ceinture dans de grands claquements de cuir. Une femme caresse la joue du militant affectueusement, voyant qu’il est coincé avant le portique en raison de l’affluence : « il faudrait une entrée des artistes ». L’après-midi débute par un discours du bâtonnier, expliquant pourquoi les avocats font grève. Il explique que la caisse (indépendante) pour leurs retraites est pleine jusqu’en 2070 mais que l’État veut quand même leur imposer une augmentation des cotisations, qui passeraient ainsi de 14% à 28%. Il insiste sur les revenus parfois très bas des avocats, 10% d’entre eux seraient obligés de mettre la clé sous la porte si la réforme passait.

L’affaire du militant du droit au logement est l’une des premières traitées mais en l’absence d’avocat, elle est renvoyée à début juillet. Tout le monde sort. Je reste pour assister aux audiences suivantes. En quelques heures j’assiste au Voleur de bicyclette (6 mois de sursis) puis à une histoire qui ressemble à Crime et Châtiment. Le prévenu est décrit comme ayant une personnalité antisociale, « un mépris inconsidéré pour sa propre sécurité et celle d’autrui » et aimant la transgression. Il a un physique athlétique. Il ne cesse d’expliquer qu’il ne s’en prend pas aux vieilles dames, qu’il est lui-même attaché à sa grand-mère, les faits sont pourtant accablants pour lui, il tente de plaider le malentendu, qu’il s’était trompé d’appartement. Le président du tribunal lui demande pourquoi il disparaît sous son banc. « Parce que j’ai honte Monsieur », répond le jeune homme. Seules deux femmes sont assises à mes côtés, je suppose que l’une d’elles doit être son épouse, des larmes coulent sans bruit sur ses joues, elle n’a pas 25 ans. Il parle d’elle comme lui ayant redonné le goût à la vie normale. Il y a majoritairement des femmes de ce côté-ci du tribunal, et des hommes à la barre. Suit une affaire de trafic de stupéfiants, avec surveillance rapprochée et mise sur écoute, une grosse procédure qui a abouti à prouver que le prévenu dealait pour couvrir les frais de sa consommation personnelle, dans les 200 euros par mois. « Les gains minimes, dit le juge avec une pointe de déception dans la voix, ont mis fin aux investigations en cours »… Puis, un homme sans permis de séjour comparaît pour avoir refusé de donner ses empreintes digitales et de signer les PV. Au bout de longues minutes d’interrogatoire, il refuse d’expliquer la raison de ses refus.

Une avocate parle du logiciel Cassiopée. Cela signifie : Chaîne Applicative Supportant le Système d’Information Orienté Procédure Pénale et Enfants. Une recherche m’apprend que ce fichier contient des informations relatives aux plaintes enregistrées par les adjoints administratifs et les greffiers dans le cadre de procédures judiciaires : l’état civil, les données bancaires, les coordonnées de prévenus, témoins ou encore des victimes et parties civiles. On y retrouve tous les évènements d’une procédure pénale, de l’enregistrement de la procédure de police et de l’instruction jusqu’au jugement. Le coût de ce fichier est passé de 4 millions à 142 millions d’euros en dix ans.

Sitôt rentrée, je commande le livre « Fichés ? Photographies et identification de 1850 à 1960 », qui est un catalogue de l’exposition ayant eu lieu en 2011 aux archives nationales.

Carnet de résidence

Gabrielle Schaff

30 janvier 2020
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