Contre-surveillance #2

Il fait si beau que je culpabilise de travailler, mais si je sors, je vais culpabiliser de ne pas travailler, je décide donc de sortir pour travailler. Direction le Belleville/Mer, que je ne présente plus.

Je lis les notes que j’ai prises en écoutant sur le site Le Media le témoignage de Thomas Le Bonniec, ancien « travailleur du clic » chez Apple, l’un des lanceurs d’alerte qui a mis en lumière les écoutes que permet l’application de reconnaissance vocale Siri sur tous les appareils Apple. Il raconte que tout est enregistré puis exploité pour affiner le logiciel. Il s’inquiète des possibles reventes des données à usage commercial, voire d’une coopération public-privé qui pourrait aboutir à un fichage de masse si par exemple les pouvoirs publics et Apple décidaient d’utiliser ces enregistrements audio pour surveiller la population, en utilisant des mots-clés pour alimenter des bases de données par exemple, on sait faire, techniquement. Il dit qu’on est en train de passer de l’espionnage de masse à la surveillance de masse : pour lui, l’espionnage de masse est déjà chose établie..

Il dit : « Siri n’est pas une intelligence artificielle - dans le sens où elle ferait le boulot d’écoute par elle-même. Ce travail est effectué par des humains, sur des quantités de données ».

Il raconte à quel point il a été choqué de devoir écouter des conversations privées dans le cadre de son travail, d’avoir constaté qu’Apple ne prenait pas de position éthique (par exemple, Siri ne se positionne pas en faveur de l’égalité entre hommes et femmes, reste « neutre », ce qui n’est pas neutre) mais que le moment le plus insupportable pour lui a été d’entendre des propos pédophiles, traités comme les autres données par l’entreprise, sans avoir le pouvoir juridique évidemment pour intervenir, et sans que les travailleurs de la firme comme lui soient protégés ou accompagnés pour « traiter » ce type de discours.

Depuis que je m’intéresse à la surveillance, la question des lanceurs d’alerte revient sans cesse, c’est-à-dire celle des travailleurs derrière la machine, et ce sont eux qui peuvent agir, faire de la contre-surveillance, tôt ou tard, au-delà des algos.

C’était aussi sur Le Media que j’avais écouté Pacôme Thiellement dire, il y a quelques semaines : « Il vaut mieux passer du temps à aimer ce qu’on aime qu’à ne pas aimer ce qu’on aime pas ». Je pense que je vais m’abonner.

Près du Vieux-Port, un nouveau bouton d’urgence a fait son apparition ; il n’était pas là en janvier. Si on l’active, la caméra se met en route et un agent de police répond en temps réel. Il a été installé sur la partie piétonne de la Canebière, à côté d’un carrousel, haut lieu de délinquance juvénile.

Carnet de résidence

Gabrielle Schaff

10 mars 2020
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