Contre-surveillance #5

Je passe par hasard devant le mémorial de la Marseillaise, rue Thubaneau, où l’hymne aurait été chanté pour la première fois. Vivre libre ou mourir, nous sommes prévenus à l’entrée, juste après avoir été avertis que le site est vidéo-surveillé. Un chat révolutionnaire dort au soleil, contre le crépi de l’ancien siège du Club des Jacobins, juste en-dessous d’une caméra. Je m’approche d’un espace vitré en pensant qu’il s’agit d’une exposition, ou d’un lieu de mémoire, mais c’est une boutique de fringues.

Il fait beau et presque chaud, tous les marseillais sont dehors. Le Vieux-Port accueille un événement « inter-assos » dont j’ai entendu parler sur le fil de discussion de mon réseau secret. Des tables ont été improvisées avec des palettes et des tréteaux, chaque association propose un atelier autour de l’écologie. Deux personnes présentent leurs actions au micro et motivent les passants à les rejoindre. Ils proposent des actions avec emphase, puis questionnent juste après leur propre événement, comme pour s’excuser d’être encore dans la discussion malgré l’urgence climatique. L’ambiance est très participative, peut-être justement à cause du confinement qui se profile, en ce premier jour de printemps méditerranéen. Deux voitures de police font de la figuration. Un agent bronze au soleil. J’hésite à aller au Mucem, tant qu’il est encore temps mais à mesure de mes déambulations, l’heure tourne, j’irai demain. D’autant que mon planning du week-end se vide doucement, plusieurs personnes que je devais voir sont malades ou craignent de l’être. Mon portable sonne, un numéro parisien. La voix d’Agnès Buzyn au bout du fil essaie de me convaincre de voter pour elle, j’appuie vite sur la touche 8 pour refuser le démarchage téléphonique, comme si je m’étais brûlée. L’événement est d’autant plus troublant que je ne vote plus à Paris et que mon numéro a toujours été sur liste rouge. Grâce aux amis sur les réseaux sociaux, je trouve plus tard un lien pour alerter la CNIL à ce sujet.

Je retrouve F. et R. une heure plus tard à mon QG. J’apprends que le Mucem vient de fermer, ainsi que la Friche Belle de Mai, que tous les événements de la Marelle sont annulés, y compris la masterclass d’Olivia Rosenthal qui devait avoir lieu ce soir. Il n’y aura pas de « randonnée littéraire » à la bibliothèque l’Alcazar comme c’était prévu, ni de rencontres avec les lycéens évidemment. La projection au CIPM et le concert au Montevideo n’auront pas lieu non plus. En fait, tous les cinémas, les théâtres, les musées, les écoles, les universités, sont fermés jusqu’à nouvel ordre. Il nous reste le Belleville Sur Mer.

Carnet de résidence

Gabrielle Schaff

13 mars 2020
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