Sous surveillance médicale #3

Un décret, et nous voici à tendre des attestations (que la police appelle laissez-passer, comme une réminiscence) dans une ambiance très cinquième République. L’homme qui me contrôle n’est pas flic mais agent de surveillance de la voie publique, dites ASVP tout simplement. Je me suis trompée en commandant mes cartouches d’imprimante et me retrouve sans encre, je lui tends le papier écrit à la main, il s’en saisit et me demande aussi ma carte d’identité, qu’il brandit vers le ciel pour lire car il doit être presbyte, je ne dis rien même s’il n’a pas le droit de toucher les papiers. Il y a une rature en haut de mon attestation, un lapsus m’a fait écrire attestation de déplacement obligatoire au lieu de dérogatoire, l’ASVP ne relève pas, de toute évidence il ne parvient pas à déchiffrer mon écriture. D. l’interroge sur la légalité de cette mesure. L’agent répond que l’amende est passée de 38 à 135 euros du jour au lendemain pour que ce soit plus dissuasif et que c’est la seule chose qu’il peut nous dire. Dans la journée, nous avons aperçu les barrières fermant la plage, l’Espagne et l’Italie ont déjà cessé d’autoriser de sortir faire du sport, pour faciliter le travail des pouvoirs publics, submergés par les contrôles de piétons. Il faut choisir une activité. Être cohérent. On ne peut pas faire du sport avec des sacs de courses. Il va falloir intégrer cette réalité de la case à cocher. Savoir ce qu’on va faire au moment où on sort, s’habiller en conséquence, établir un scénario, un canevas crédible.

De la même manière, il y a le confinement accompagné ou pas. Malade ou en bonne santé. Télétravaillé ou chômé. Maison avec jardin ou en appartement. Avec enfant ou sans. Il n’y a pas de demi-mesure sauf pour ceux qui sont en garde alternée. S. m’a dit, à Marseille, la veille de mon départ : tu es toujours entre deux : tu habites quelque part et tu travailles ailleurs, tu as un projet, mais aussi un autre, elle ne m’a pas demandé pourquoi et sur ce, elle a vidé d’un trait son verre de whisky japonais.

 

Carnet de résidence

Gabrielle Schaff

18 mars 2020
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