Sous surveillance médicale #9

Un nouveau comité scientifique joliment baptisé le Care a été créé pour conseiller le gouvernement et l’idée principale de ce comité, c’est de faire du backtracking, c’est-à-dire de tracer les malades pour redessiner leur parcours, savoir quelles personnes ils ont croisés, avec qui ils ont mangé, couché et fait les courses. Mon réseau secret fait cette remarque, que pour faire fonctionner ce type de traçage, il faut surveiller tout le monde en permanence. Exactement comme la vidéo-surveillance, le système n’est efficace que s’il est totalement totalitaire. Le directeur du comité est Jean-François Delfraissy, un immunologiste qui pose dans le Monde sous un immense parapluie noir, tenu par une femme à moitié effacée par le manche du parapluie et qui n’est pas nommée dans la légende. L’homme a l’air solennel, est-ce un symbole, un message subliminal, ce parapluie protecteur ? En attendant, le parapluie est aussi l’une des seules manières de se protéger contre la reconnaissance faciale. Le problème, c’est qu’il ne pleut pas tous les jours. Les Échos n’y va pas avec le dos de la cuillère, Jean-François Delfraissy est « l’homme de la situation ». Pendant ce temps, un partenariat entre l’opérateur Orange et plusieurs acteurs institutionnels, comme l’Insee, l’AP-HP, les préfectures, a déjà permis de comprendre que 17% de parisiens ont quitté la capitale à l’annonce du confinement. J’imagine que ce sont eux que j’ai vus embouteiller l’A6 lundi dernier. La Commission européenne va bientôt récupérer des données de géolocalisation de la part d’Orange, Telecom Italia, Telefonica et Vodafone, qui se sont dits prêts à les partager. Les métadonnées sont dites « anonymisées et agrégées ». Le même jour, je tombe par hasard, au fond d’un carton, sur mes vieilles cartes d’identité, elles aussi anonymisées et agrégées, mais cette fois, par le passage du temps. La coupe de cheveux, la signature et même les yeux diffèrent d’une carte à l’autre. L’une porte un prénom légèrement différent du mien. Ou alors, c’est moi qui n’ai pas gardé mon bon prénom. Comment savoir ? L’autre m’avait été dérobée dans un café lorrain et avait voyagé jusqu’en Pologne avant de m’être réexpédiée par la Poste par une bonne âme qui passait par là. Il y a sûrement une Gabrielle Schaff qui continue là-bas de vaquer à ses occupations. Avec un peu de chance, elle a ouvert une ligne de téléphone portable et sera tracée à ma place par la Commission européenne.

Carnet de résidence

Gabrielle Schaff

24 mars 2020
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