© Hélèna Villovitch

Bien sûr

Bien sûr, je suis là pour travailler et c’est ce que je ne vais pas manquer de commencer à faire très bientôt, c’est promis. Mais à peine débarquée en ville, je fonce retrouver mon amie HyunJi Jung  à la Vieille Charité pour écouter une lecture au Cipm et c’est un des premiers événements publics depuis le début de la fameuse épidémie mondiale de coronamachin. Ça se passe dehors et il y a vachement de vent, ce qui rend très bien dans les cheveux d’Anne Houdy. Elle a écrit à un mystérieux « Jacques » une série de lettres d’admiratrice enamourée, qui deviennent bientôt celles d’une harceleuse obsédée. Un personnage se construit devant nous et c’est très touchant, parce que la lecture de « Mes Jacques » se situe en équilibre entre virtuosité et fragilité. En vérité, je n’ai pas du tout peur pour Anne Houdy qui sait parfaitement ce qu’elle fait. On rigole souvent en l’écoutant. Il s’avère que l’objet inspirateur de ces lettres est l’écrivain et metteur en scène Jacques Rebotier, dont Anne Houdy déchiffre du bout des lèvres la postface à son livre en faisant mine d’être très vexée… On re-rigole, on applaudit, Anne Houdy prolonge le jeu jusque dans ses réponses comiques aux questions du public.

Puis, avec HyunJi, on achète des gants anciens en peau de veau dans une boutique fantôme, on va se baigner dans les rochers en pleine ville, on se réjouit d’avoir un peu froid car ce sera sans doute le seul soir d’été où on en aura l’occasion.

Le lendemain on se retrouve car les quelques heures passées ensemble n’ont pas suffi pour se raconter les trois ou quatre derniers mois. HyunJi Jung réalise des projets artistiques dans l’espace public et j’en parlerai un de ces jours. On mange une omelette pseudo-coréenne que j’ai confectionnée à partir d’un tutoriel et on regarde des bouts de performances de Rirkrit Tiravanija, de Gilbert et George, des jeunes Marina Abramovicz et Ulay. De Yoko Ono aussi, et je suis un peu triste parce qu’il paraît qu’elle est malade.

Et là, on en profite pour aller voir ce que fait Annabelle Verhaeghe, rencontrée au Cipm. Surprise, joie, bonheur ! Ce sont des films d’animation avec des peintures à l’huile ou des pastels qui bougent, c’est magnifique ! Les bandes sons sont des poèmes.

Parfois je suis tellement contente de rencontrer quelqu’un que je dis n’importe quoi, tout ce qui me passe par la tête. La veille, j’avais prédit à Annabelle : « si ça se trouve, un jour on fera un film ensemble toi et moi ». Et maintenant que je vois son travail, j’ai presque honte car ses films sont tellement bien ! N’empêche que ce serait chouette de faire quelque chose avec elle, je ne sais pas quoi, quelque chose d’un peu plus poussé que boire un verre, mais déjà boire un verre ça serait pas mal du tout pour commencer. Et puis peut-être projeter avec elle un de ces fameux entretiens que j’ai envie de mener en « projet B » de ma résidence à La Marelle…

Carnet de résidence

Hélèna Villovitch

17 juillet 2020

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