Image : Hélèna Villovitch

Bien sûr 2

Bien sûr, je recommencerai un jour à lire des choses qui paraissent en ce moment et sont écrites par des personnes vivantes. Cependant, la mort très récente de mon père m’a ramenée à un texte de Richard Matheson et, de fil en aiguille (Richard Matheson est le modèle qu’aime à citer Stephen King), je me suis mise à dévorer plein de bouquins de science-fiction et d’horreur que j’achète d’occase ou que je ramasse dans les boîtes à livres des jardins publics. J’en lis un ou deux par jour, je ne peux plus m’arrêter et je n’en ai pas la moindre envie. Je suis embarquée dans des histoires de monstres et de fantômes, je me délecte de scènes démentes et sanguinolentes que je qualifie en moi-même de « charmantes ».

La dernière fois que j’ai eu une telle boulimie de lecture tous azimuts, c’était après la mort de ma mère, j’avais 23 ans. Il y avait une librairie d’occasion à Faidherbe-Chaligny, j’y passais tous les jours après le travail pour acheter plein de bouquins à un franc. Je revenais le lendemain revendre les mêmes à cinquante centimes. Entretemps, je les avais lus. D’heureux malentendus ont fait que j’ai découvert des trucs super.

J’ai acheté La Flèche du temps de Martin Amis en croyant que ça serait de la science-fiction. Celui-là, je ne l’ai pas revendu le lendemain. Au contraire, je l’ai racheté en de multiples exemplaires pour l’offrir à peu près à tous mes amis de l’époque.

J’ai acheté Pour un oui ou pour un non de Nathalie Sarraute parce que ça avait l’air rigolo, et comme il n’y avait que deux protagonistes, on s’est amusés à le jouer dans notre cuisine avec David TV, on trouvait ça encore plus génial que d’aller danser à La Chapelle des Lombards.

J’ai acheté Siva de Philip K. Dick. Depuis je vis dans plusieurs univers à la fois, mais ça va.

À Marseille, une libraire d’occase de La Canebière à qui j’ai acheté des nouvelles d’Henry James m’a ordonné d’aller m’acheter un cornet de petites sardines grillées au marché du cours Joseph Thierry. J’ai adoré ça, mais je n’en trouve plus à présent. N’empêche, la promesse de ces fameux cornets m’a permis d’attirer Guillaume Cherel, écrivain nouvellement marseillais, à la terrasse du 0’Thierry. J’envisage moi aussi de vivre à Marseille, voilà, ce n’est plus un secret.

C’est dans une librairie d’occase (mais qui vend aussi les livres des auteurs marseillais) que j’ai assisté à une rencontre-lecture de Brigitte Brami, fameuse écrivaine à la puissante personnalité. La librairie, c’était Nazeroued, rue des Bergers, et je m’y suis fait une copine artiste, Jeanina. Il y avait un type qui voulait me connaître, il disait qu’il réalisait des ciné-poèmes, c’est justement ce que j’aime. On se demande bien pourquoi je me suis enfuie sans échanger le moindre numéro de téléphone !

Je vais retourner là-bas. Ils auront peut-être le livre de Richard Matheson qui comporte la nouvelle sur la mort que je cherche partout.

Carnet de résidence

Hélèna Villovitch

7 août 2020

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Travaux de résidences

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