Des masques

En visitant, à la Vieille Charité, la collection de masques mexicains du cinéaste François Reichenbach, je songe à Jane Poupelet, à l’atelier des masques destinés aux « gueules cassées » de la guerre de 14/18, pour protéger les visages détruits par la mitraille.

Une des découvertes qu’on fit dans les caves délaissées de l’hôtel Saint-Marc, jouxtant l’hôpital Saint-André,  ce furent plusieurs malles contenant des moulages en plâtre de visages déchiquetés, ainsi que les masques définitifs peints avec cheveux, moustaches et teints frais.

Jane Poupelet,  après des études aux Beaux Arts de Bordeaux, intègre l’entourage de Rodin, expose aux côtés de Brancusi, Bourdelle, et fait alors partie de la bande à « Shnegg », sculpteur aux conceptions modernistes. Ses expositions lui vaudront, par exemple, de belles préfaces de Colette.

Elle peut, sur certaines photographies, raie sur le côté et cigarette à la bouche,  nous rappeler la jeune Virginia Woolf.

Féministe convaincue, elle rencontre d’autres sculptrices américaines, avec lesquelles elle se lie d’amitié comme Janet Scudder et Anne Coleman Ladd, qui fonde avec son mari l’atelier des masques au Val de Grâce, et dont elle fut l’assistante.

Jane Poupelet déclara : « Mon objectif n’était pas seulement de fournir à un homme un masque pour cacher son affreuse mutilation, mais de mettre dans le masque une part de cet homme, c’est-à-dire l’homme qu’il était avant la tragédie. »

Dessin Bruno Lahontâa