Dans les airs

Jour 8

 

La Friche de la Belle de Mai est en ébullition. Se prépare à l’inauguration de la biennale internationale des arts du cirque. Dans l’appartement situé au-dessus du mien, une troupe de circassiens venue de Mongolie répète. Je décide de prolonger le voyage amorcé par la musique des steppes en allant assister à Panorama, un spectacle de la compagnie Migration. A vrai dire, je suis surtout motivé par la possibilité d’accéder au toit terrasse de la Friche, d’où, m’a-t-on dit, je pourrai voir un bout de mer. Je ne regrette pas mon choix. Le ciel de cet après-midi d’hiver est éclatant de bleu. Les fragments de mer promis sont bien là, outremer irradiant, entre calanques et immeubles. Mais surtout, Panorama est une petite merveille de danse et de funambulisme s’écrivant au sol autant que dans les airs sans effet de suspens ni recherche de sensationnel, disant la quête, la perpétuelle quête d’équilibre : pour soi et dans l’altérité ; l’irrépressible besoin d’en sonder les limites.

Je suis particulièrement intéressé par la machine autour de laquelle la rêverie du spectacle est construite. Elle est constituée d’un axe horizontal de huit mètres de long supporté par deux montants de quatre mètres de hauteur. Deux sangles symétriques, tendues par des bras métalliques et animées par les deux artistes en scène, tournent autour de l’axe. Elles servent tour à tour de trapèzes où s’allonger et se suspendre, d’obstacles mouvants à éviter, de chemins à traverser debout, dans le balancement. Je suis renvoyé à bord du trois-mats-barque Belem en 2000. À l’incroyable agilité des matelots dans les vergues et les haubans. À ce sens de l’équilibre proprement maritime qu’on appelle « le pied marin », au mal de mer, brouillage de cet équilibre, que l’on « amarine » avec le temps.

Il y a quelques années, j’avais été frappé par le spectacle Celui qui tombe de Yohan Bourgeois qui mettait un collectif à l’épreuve par le biais d’une scène suspendue et soumise à toute sorte d’inclinaisons et de girations critiques. Nous avions discuté de cette option scénographique avec Gaël Domenger l’écartant rapidement pour son coût et la substituant momentanément à l’idée d’utiliser un sol anormalement penché. Mais Gaël avait fini par pointer qu’un sol plat pourrait mieux que tout artifice révéler l’incorporation de l’élément maritime par les danseurs. Un peu comme une photographie prise en mer peur révéler le roulis ou le tangage anormal d’un bateau dès lors qu’on s’attache à maintenir l’horizon horizontal. Danseurs animés de spasmes, de gestes incontrôlés, corps déjetés ou anormalement inclinés, comme celui de L’Enfant penchée de la bande dessinée de François Schuiten et Benoît Peters.

D.G.

Légende : À bord du porte avions Charles De Gaulle. 2017. ©Hélène David

 

 

Commenter

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *