CATHERINE VINCENT

Walter Benjamin, fragments

Entre novembre 2019 et mars 2020 (Marseille et Berlin)

En jouant avec les lettres du nom de Walter Benjamin, les artistes ont créé l’anagramme Jamel Ibntrewan. L’imaginant exilé syrien réfugié à Berlin, ils décident de partir à la rencontre de l’un en suivant les pas de l’autre. À un siècle de distance, le même tumulte ?

Après le disque, spectacle et ciné-concert autour de Tina Modotti (1896-1942) qui fut tour à tour ouvrière, actrice, photographe et activiste communiste, le duo Catherine Vincent s’attache à la figure de Walter Benjamin (1892-1940). Le pendant masculin de Modotti ? Comme pour Modotti, ils souhaitent partir sur ses traces, arpenter les lieux qui l’ont marqué. C’est en jouant avec les lettres du nom de Walter Benjamin que Catherine Estrade et Vincent Commaret, ont trouvé l’anagramme Jamel Ibntrewan. Jamel Ibntrewan sera donc le nom de leur héros. L’alter ego de Walter Benjamin en 2019. Et décident qu’il est un exilé syrien réfugié à Berlin.
 
Pour ce projet, Catherine Vincent vont plonger dans la lecture de Walter Benjamin, mais aussi vivre les villes dans lesquelles il a vécu et arpenter les lieux de l’exil de Jamel Ibntrewan. À Berlin, devenue aujourd’hui la capitale européenne des réfugiés syriens en Europe, ils veulent, comme leur héros, étudier l’allemand et se retrouver dans le rôle d’apprenants. Leur duo musical est né en Syrie où ils ont vécu de 2000 à 2004. Depuis, ils n’ont jamais coupé le lien avec la Syrie, qui s’est même depuis renforcé avec la Révolution, en composant des chansons pour la soutenir, ou en allant dans les lycées avec des réfugiés syriens pour porter leur parole. Un séjour à Beyrouth sera donc probablement aussi nécessaire.
 
Le résultat sera un livre-disque édité par La Traverse. Le disque inclura des chansons, des textes en musique, des créations sonores, et il sera (comme à leur habitude) polyglotte : français, allemand, arabe, espagnol. Le livre comportera les textes illustrés par différents collaborateurs : dessinateurs, plasticiens, photographes et cinéastes. Ils utiliseront également cette matière visuelle lors de l’élaboration du spectacle lié à cet album.
 
Cette résidence s’effectue en plusieurs temps :
  • automne 2019 : des interventions en milieu scolaire, au lycée Saint-Exupéry de Marseille, qui a déjà accueilli l’autrice Minna Sif l’an passé
  • janvier 2020 : séjour d’écriture en résidence à Berlin, au Theater Expedition Metropolis
  • printemps 2020 : retour au lycée Saint-Exupéry à Marseille

« Est-ce qu’il sera “inclassable, comme Benjamin, ne se réclamant d’aucun courant” (Agnes Sinaï, Walter Benjamin face à la tempête du progrès, Le passager clandestin, 2016) ? Ce personnage reste encore à définir mais nous savons déjà qu’il a été un témoin privilégié de la Révolution née en Syrie en 2011. Qu’il a été poussé à l’exil, d’abord au Liban, puis en Europe, à Berlin.

“Littéralement Benjamin s’est caché dans ses œuvres, un clandestin de la vie, dont le seul passeport est constitué par ses textes, volontairement fragmentaires, toujours prêts à brouiller les pistes, perdre l’enquêteur et affoler la police, mais qui sont gros de tout ce que cette vie d’exception aura vu bien avant les autres” (Bruno Tackels, Walter Benjamin une vie dans les textes, Actes Sud, 2009). De cette citation qui définit admirablement bien l’homme de lettres allemand, nous retenons les mots fragmentaire, caché, clandestin, exception. Partir à la rencontre de Benjamin en suivant les pas de Ibntrewan… Suivre Jamel en qui résonnent, en ce nouveau siècle tumultueux, bien des aspects de la vie et de l’œuvre de Walter : les années de guerre, l’exil. Nous découvrons aussi des résonances avec nos propres trajectoires… ainsi le goût des voyages, Marseille, les effets du haschich…

Il ne s’agit pas de réaliser une biographie musicale. Nous voulons nous intéresser à ses balades urbaines, son approche de la traduction, ses pièces radiophoniques, ses souvenirs d’enfance observés depuis l’exil. L’anagramme est un jeu et nous voudrions que le jeu soit un aspect important du livre-disque. Par exemple que les lecteurs auditeurs devinent (ou pas) la référence à Walter Benjamin. À nous de trouver la forme. »

Catherine Vincent

 
Walter Benjamin est né en 1892, de parents juifs, à Berlin. Il y suit des études de philosophie et soutient sa thèse sur la critique d’art à l’époque romantique, en 1918 à l’Université de Berne. Dès 1914, il commence à traduire Baudelaire. Dans les années 1927-1930, il se lie d’amitié avec Horkheimer, Adorno, et Brecht. La présence hitlérienne le pousse à effectuer de nombreux voyages, notamment en France. Il traduit alors Proust et Balzac. Il s’exile définitivement en 1933. Il tente de quitter l’Europe pour les États-Unis en 1940. Mais la nuit de son arrivée en Espagne, il est arrêté à Portbou et se suicide en absorbant une dose mortelle de morphine, pensant que les autorités espagnoles allaient le livrer à la Gestapo…
 
Une résidence mise en place avec l’appui du Goethe Institut Marseille.
 

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La première chose que je peux vous dire…

Catherine Vincent

Duo musical
France, Argentine

Catherine Vincent © Farah Alimi

Ce duo de chanson pop est formé de Catherine Estrade (Buenos Aires, 1972) et Vincent Commaret (Saint-Fons, 1964). Ils se sont rencontrés à Paris, mais c’est à Damas en Syrie où ils ont vécu 4 ans qu’ils ont commencé à faire de la musique ensemble. Depuis août 2004, ils sont installés à Marseille.

C’est en 2000, lors de la naissance de leur première fille, que Vincent écrit une chanson et demande à Catherine d’écrire des paroles en espagnol et de chanter avec lui. Ainsi commence leur collaboration  musicale.  Mélange original de musique pop et folk, les chansons de Catherine Vincent ont la particularité d’être en plusieurs langues : français, espagnol, anglais, italien et arabe. Catherine Vincent aime travailler sur la forme du conte musical pour adultes ou pour enfants.

Le duo Catherine Vincent joue régulièrement en France mais aussi à l’étranger. Il anime régulièrement des ateliers de création sonore et musicale auprès du jeune public. Il réalise régulièrement pour la maison d’édition Le port a jauni des lectures bilingue arabe français.

En 2013, Catherine Vincent a créé un ciné concert chanté à partir du film The tiger’s coat (1920) avec Tina Modotti, célèbre photographe et révolutionnaire et héroïne de leur album Tina. En 2015, il crée un ciné concert jeune public Voyage au pays des fées autour de quatre courts métrages de Georges Méliès et Lotte Reiniger.

Le duo Catherine Vincent a réalisé en 2013 la musique du film Nuits blanches sur la jetée de Paul Vecchiali (compétition officielle Festival de Locarno 2014) et en 2015 pour C’est l’amour de Paul Vecchiali. Vincent Commaret est également le monteur des films de Paul Vecchiali depuis 2011. Le duo Catherine Vincent fait partie des Lauréats 2017 de Gindou Cinéma pour la composition d’une musique pour le court-métrage Pour la fête de sa mère, un court métrage muet de 1907.

Discographie sélective
  • Amorevolución, album de chansons rock-folk pour parler d’amour et de révolution syrienne, 2019
  • Les trois cohonnettes, livre disque, Éditions Le label dans le forêt, 2018
  • Oscar Go et Le vilain petit canard, conte musical pour enfants, double album, distribution Victor Mélodie, 2015
  • Les contes de Malmousque, conte musical rock, distribution Victor Mélodie, 2014
  • Allegro ma non troppo, album de chansons pop, folk en français, arabe, espagnol et anglais, 2014
  • Tina, album concept en hommage à la photographe et révolutionnaire Tina Modotti, dix chansons en français, espagnol, italien et anglais, 2013
  • Hansel et Gretel, conte musical, distribution Victor Mélodie, 2010
  • Déjeuner sur l’herbe de Mathilde Chèvre, mis en musique par Catherine Vincent, Éditions Le port a jauni, 2010
Musiques pour le théâtre

Vincent Commaret a créé en 2018-2019 la musique de la pièce de Wael Kadour Chroniques d’une ville qu’on croit connaître, mise en scène par Wael Kadour et Mohamed Al Rashi, création à Tandem scène national (Arras – Douai) et à La Filature de Mulhouse.

Sitographie