Partenariat universitaire

Un laboratoire hors les murs
Crem/La Marelle

Depuis 2020

La Marelle, laboratoire hors les murs du Crem

À la suite des constats suivants :

  • isolement certain des structures de résidences d’auteur·trice·s
  • fragilisation du soutien à la création littéraire aggravant la précarisation des auteurs et des opérateurs
  • invisibilité des expériences, expertises et modalités de travail (dans leurs singularités et leurs diversités)

un certain nombre d’acteurs culturels, spécialistes de littérature contemporaine, posent comme objectif de valoriser ce qu’ils ont en commun, à savoir être des opérateurs réguliers qui s’engagent à offrir aux auteurs et autrices des espaces-temps et des conditions propices à une création libre, par des dispositifs d’accompagnements financiers, logistiques et artistiques.

Ces espaces éprouvent actuellement autant que d’autres des difficultés à penser le contemporain littéraire, qu’il s’accomplisse dans ou hors du livre. Ils réfléchissent ainsi à des stratégies de partage, de communication, mais aussi à des apports théoriciens proposés en particulier par le champ de la recherche universitaire.

L’objectif de la présente convention de partenariat est la mise en place d’une délocalisation du Centre de recherche sur les médiations (Crem, Université de Lorraine) à La Marelle à Marseille, à travers la création d’un « laboratoire hors les murs », un lieu dédié à la recherche sur la résidence d’écriture et à ses formes de médiation, en particulier grâce à la recherche in vivo, par exemple par la mise en place d’une résidence partagée auteur·rice/chercheur·e.

Il s’agit d’une forme innovante qui consiste à déplacer les activités, réflexions, à mettre l’unité de recherche (le laboratoire) hors les seuls murs universitaires, en interaction directe avec un lieu patrimonial et culturel, au cœur du temps de création offert par un des lieux de résidence français parmi les plus actifs, notamment sur l’approche numérique menée, afin de favoriser la création de passerelles entre le monde universitaire et la Cité, entre théorie et pratique.

Le Crem, Centre de recherche sur les médiations

Unité de recherche de l’Université de Lorraine, le Crem regroupe 200 personnes, dont 80 enseignant·e·s-chercheur·e·s titulaires, plus de 90 doctorant·e·s, une vingtaine de chercheur·e·s associé·e·s et 7 personnels d’appui. Ses chercheur·e·s proviennent principalement de l’Université de Lorraine, mais aussi d’autres établissements universitaires français et étrangers.

Le Crem est membre du pôle scientifique Connaissance, langage, communication, société (CLCS) de l’Université de Lorraine et de l’école doctorale Humanités Nouvelles-Fernand Braudel. Il est aussi partenaire de la Maison des sciences de l’homme Lorraine. Ses chercheur·e·s appartiennent à 11 disciplines : près de 90 % aux sciences de l’information et de la communication, aux sciences du langage, aux études de langue et littérature françaises et aux sciences de l’art ; et environ 10 % aux études de langues et littératures anglaises et anglo-saxonnes, arabes, germaniques et romanes, à l’anthropologie, à la psychologie et à la sociologie.

Parmi ses actions, le Crem anime (en association avec le Conseil départemental de la Moselle, la mairie de Scy-Chazelles et la Direction régionale des affaires culturelles Grand Est) une résidence d’auteur·rice·s et un « laboratoire hors les murs » à la Maison de Robert Schuman à Scy-Chazelles.

Dispositif culturel entre écrivain·e·s et territoire, cette résidence donne lieu à des échanges entre auteur·rice·s, publics et institutions. Les écrivain·e·s en résidence partagent leur temps entre création et activités de médiation autour de la littérature contemporaine et européenne en lien avec la population.

Carole Bisenius-Penin est responsable scientifique de ce laboratoire hors les murs et directrice littéraire de la résidence. 

Articles et presse

À Marseille, une résidence littéraire au long cours [extrait]

Par Carole Bisenius-Penin, Université de Lorraine

En franchissant le seuil de l’ex-manufacture des Tabacs de la Belle de Mai (Marseille), on est saisi par ce lieu de croisement architectural, artistique et social. Au loin la Villa des auteurs apparaît. Sorte d’auberge espagnole culturelle, La Marelle) est depuis 2010 un espace convivial d’échange, de rencontre, dédié aux écrivains où chacun trouve ce qui l’intéresse, ce qu’il comprend, en fonction de ses goûts, ses créations, ses convictions. […]

La création de ce lieu résidentiel induit la constitution d’un tissu de relations avec les publics par le biais d’actions pensées avec des acteurs culturels et des structures locales (associations, établissements scolaires, institutions), par des relations de voisinage, puis, au fil du temps, des projets et de la notoriété acquise, par une expansion régionale (Cannes, Carpentras, Draguignan) ayant pour objectif de mutualiser les savoir-faire culturels implantés sur un territoire et de favoriser la circulation des auteurs.

À cela, s’ajoute depuis 2021 l’ouverture d’un nouveau lieu mis à disposition à La Ciotat (la villa Deroze), une extension consacrée à une résidence pluridisciplinaire valorisant des projets de création (littérature, arts) qui se croisent ou s’hybrident selon la dynamique des arts littéraires.

Écritures contemporaines : résidence tremplin et de création (renouvelée)

Cette volonté de diffuser les écritures contemporaines passe par la mise en œuvre de deux types de résidences : la résidence tremplin et la résidence de création. […] La résidence tremplin, est « spécifiquement destinée à l’accompagnement des créateurs dont le travail est encore peu repéré ou diffusé, notamment les créateurs en début de parcours ». Concernant la résidence tremplin, on peut citer l’accueil par exemple de la jeune documentariste et créatrice sonore Claire Veysset menant un projet d’écriture radiophonique sur l’île de Mayotte, en convoquant ses souvenirs personnels, ou encore le travail du plasticien et auteur libano-français Nasri Sayegh à partir d’archive intime (photographie d’enfance), de résidus autobiographiques interrogeant avec poésie l’identité et le rapport mots-images.

La résidence de création relève quant à elle d’un accompagnement original et individualisé des auteurs sur la durée qui implique la possibilité en fonction des étapes de création et du parcours, de venir et de revenir, soit de renouveler le dispositif résidentiel en accord avec La Marelle selon les besoins. Une souplesse et une capacité de penser la résidence sur un temps de gestation long dépassant ainsi un management culturel distancié, au profit d’un compagnonnage visant l’accomplissement des possibilités culturelles et professionnelles de l’auteur. Au gré des liens tissés, il n’est guère étonnant de retrouver certains noms au long cours – Anne Savelli, Laurence Vilaine, Laura Vasquez, par exemple.

En 2012, Anne Savelli profite de sa résidence à la Marelle pour poursuivre les aventures de son avatar fictionnel, Dita Kepler, « personnage/décor » soumise à la contrainte géographique des lieux, à travers son œuvre Anamarseilles). Elle revient à Marseille (2020-2021) pour un autre projet intitulé « Bruits », « roman monstre » qui convoque l’univers sonore d’une ville imaginaire et se joue aussi des sons qui nous parasitent, « la fugue d’une petite fille s’échappant de chez elle pour fuir le bruit qui l’environne, enfant que le lecteur va suivre vingt-quatre heures, minute par minute ».

Pour elle, l’intérêt de cet accueil sur la durée est « de nouer des liens et de pouvoir vivre l’immédiateté, en ayant un lieu à soi dégagé du quotidien, une existence simplifiée, un lieu qui fait confiance à l’auteur et où l’on peut revenir expérimenter en fonction des besoins, des chantiers en cours ».

Innovation numérique et objet littéraire

La Marelle est également un des rares lieux résidentiels dotés de sa maison d’édition avec notamment un catalogue d’ouvrages numériques privilégiant les œuvres des auteurs accueillis en résidence. La diffusion des productions s’inscrit aussi dans la durée. Par exemple, Pierre Ménard invité par Anne Savelli durant sa résidence publie avec elle Laisse Venir (2014), puis revient avec une nouvelle œuvre hybride (2020), à la fois numérique et objet littéraire.

En effet, L’Esprit d’escalier est un récit interactif (104 textes) qui comporte autant de versions différentes que de lecteurs et repose sur une combinatoire complexe à travers la rencontre d’un couple, dans l’espace de l’escalier monumental de la gare Saint-Charles à Marseille. Sur le modèle de la fugue à deux voix, cette création numérique interactive reconfigure « le contrat de communication original avec le lecteur »), selon S. Bouchardon. De plus, l’auteur a décliné les 104 marches de l’escalier correspondant chacune à un texte sous la forme d’un jeu de cartes, objet ludique en écho aux expérimentations oulipiennes, qui renouvelle « les avatars des récits qui bifurquent », renforce le plaisir de manipuler un contenu littéraire existant et de produire son propre récit grâce à cette potentielle matrice fictionnelle.

Laissons les mots de la fin à Pierre Ménard qui, lors de notre entretien au sein de ce croiseur culturel entre friche industrielle et bord de la méditerranée, résume fort bien les enjeux d’une résidence au long cours dédiée aux écritures contemporaines, à Marseille ou ailleurs : « J’aime l’idée de quelque chose qui se construit dans le temps, la résidence au long cours offre une expérience et cela nous renvoie des choses, un lieu où retrouver de l’énergie, un dialogue qui s’instaure aussi avec la structure, un souci de l’auteur dans sa capacité à créer, c’est très enrichissant, un peu d’ailleurs comme un travail avec un éditeur, mais sans enjeu commercial. »

Carole Bisenius-Penin
Maître de conférences Littérature contemporaine, CREM, Université de Lorraine

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.
Lire l’article complet original.

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