Mary Shalynina (un dessin animé autour de « De l’autre côté de la peau »)

Instructions No 4 : comment se perdre quand on écrit

Mes lectures sont circulaires, vagues.
Je m’éloigne, le centre (de gravité ?) de mon texte est toujours quelque part :

— Je teste une respiration non focalisée nourrie par le flux du paysage dont Hubert Godard parle (Une respiration, éditions Contredanse) : j’aime cette perception périphérique, dissolue. Je sais que pour voir la forêt il faut de la largeur.

— Une personne qui aime transporte avec elle un espace qui est différent je lis dans un livre attrapé par hasard (librairie Au poivre d’âne) et je l’emporte avec moi. Tout vient, tombe dans mes bras : textes, conversations, passants, questions, corps. (Claudine Hunault, Nathalie Milon Comme une épaisseur différente de l’air, Cheyne éditeur).

— Comment appelle-t-on cette confusion matinale : brume, ciel, mer, soleil levant, cimes de pins (qui ne se touchent pas, cette timidité), nuages jaunes ?

— Ce qui compte est d’aller très lentement ; de s’arrêter au milieu du flot : de ne jamais accélérer : s’allonger sur le dos et attendre que le monde secret de l’inconscient soit peu à peu habité Roxana me montre une citation du journal de Virginia Woolf quand on sort de la Friche. L’air liquide, le visage de Roxana, ce rythme indécis (je lis en même temps que je marche) et le blanc de page se mélangent .

— Certaines écrivaines savent qu’il faut se mettre sur le dos et attendre, tout ce mouvement sous les paupières.

— C’est le temps entre chien et loup me dit Maaï lors de notre promenade à La Ciotat, j’aime cette expression. Je pense à la sensation de la chute avant de s’endormir, un sursaut de corps, c’est là où Lobo le chien vient, à la ligne d’apparition d’un rêve.

— Il y a une technique j’écoute Yoel Regev qui permet de transformer le passé défini en passé indéfini. J’apprends que l’on peut mixer des couches temporelles en changeant le poids des évènements. Ou, aussi – faire de petits réajustements, comme ce garçon qui décide de contourner un arbre du côté droit pour changer l’issue de son examen (c’est comme : si je vois deux chats blancs sur la route ça veut dire qu’elle m’aime) .

— L’attirance rallonge toute distance. L’ouverture semble un précipice écrit Bauman dans L’Amour Liquide ( je savais que cette chose tendre n’avait pas de contours, amour coule ) dans le chapitre « Tomber amoureux ou en dehors » (est-ce que tomber désamoureux est une action qui ressemble à un envol ?)

Dans mon écriture je découvre le périphérique, j’apprends à courir (même si parfois je m’allonge sur le dos et je flotte) (la frontière est un endroit ou l’air passe librement).

 

Sinon : 14 février (le début à l’envers), nuages, lumière blanche argentée, La Ciotat (ah).

Carnet de résidence

Aliona Gloukhova

14 février 2022

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Travaux de résidences

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