Autosurveillance #23

Café Belleville-sur-mer, déjeuner dominical au soleil avec S. et E. ainsi qu’un couple de leurs amis. Des affiches de Martine Vassal, l’héritière du maire de droite Jean-Claude Gaudin, tapissent tous les panneaux municipaux au pied du Palais Longchamp : c’est illégal, elle n’a le droit qu’à un seul panneau, déclare E. Le tract de Martine Vassal, qui nous a été gentiment remis, est sans ambiguïté. Divisé en cinq photos, il représente tour à tour des bagnoles de police, un contrôleur de tram, des caméras de surveillance en gros plan, la façade du bâtiment de la police municipale (celle-là, je l’aime bien) et trois dos de policiers municipaux, sur lesquels la mention « Police municipale » s’étale en grosses lettres blanches, au cas où on n’aurait pas compris. Le slogan : « Protéger – le retour de l’ordre à Marseille ».

J’apprends que les capes d’invisibilité existent (une bête histoire de rayons réfractaires, quelque chose dans ce goût, testés dans la mer pour permettre aux baleines de se reproduire) ; nous parlons évidemment de la surveillance, de son ambiguïté, du plaisir qu’on a à être vu-e-s ; je passe sur la messagerie cryptée Signal ; et S., après avoir brillamment évoqué Anne Serre, Ricardoux et Michaux dans la même phrase, me dit : on est aidés par le fait que les gens ont écrit, et pas seulement par ce qu’on lit. 

Entre temps, les affiches de Martine Vassal ont été arrachées, il ne reste sur les panneaux d’affichage municipaux qu’une mosaïque de papiers déchiquetés, faisant apparaître ici et là des corps et des lettres en morceaux.