La première chose que je peux vous dire… #14

Felipe Troya

La revue de La Marelle – janvier 2017

La première chose que je peux vous dire est que s’obliger à supprimer la plus belle phrase conduit à la nouveauté. Que la pertinence est, toujours, dissidence et réaction. Que l’urgence oblige à tout mener à son terme. Que l’idée de suicide doit fructifier. Que j’ai d’abord écrit quelque chose de plus beau. Je l’ai supprimé.

La première chose que je peux vous dire… #14

Au sommaire de ce numéro 14

Texte inédit
L’écriture, de Felipe Troya.

La première chose que je peux vous dire
La première chose que je peux vous dire est que s’obliger à supprimer la plus belle phrase conduit à la nouveauté. Que la pertinence est, toujours, dissidence et réaction. Que l’urgence oblige à tout mener à son terme. Que l’idée de suicide doit fructifier. Que j’ai d’abord écrit quelque chose de plus beau. Je l’ai supprimé.

Le « questionnaire » décalé
– Un oloé* ? « Lire : n’importe où. Mais relire exige un espace sous contrôle »
– Un auteur fétiche ? Il y en a deux : Thomas Bernhard et Juan Carlos Onetti
– La journée type de l’écrivain ? « Rester éveillé une journée entière, puis une nuit, sans dommages »
    * oloé : « espaces élastiques où lire où écrire ». Mot créé par Anne Savelli dans son livre Des oloé
     (D-Fiction, 2011), et repris depuis par de nombreux auteurs et lecteurs.

Biographies et travaux de Felipe Troya

 

Éditorial

L’écureuil n’existe pas en Équateur. Aussi le jeune Felipe, à peine sorti de l’enfance et en visite chez son oncle aux États-Unis, projette dans cet animal insolite toute la symbolique du changement qu’il est en train de vivre. Observant avec une grande fraîcheur ce pays nouveau et sa propre famille, constituée de personnages hauts en couleur, il perçoit en chaque être ou chaque événement son potentiel de mythes et de récits légendaires…

Le premier roman de Felipe Troya, Écureuils, est donc un récit familial doublé d’un roman d’initiation. Le jeune héros absorbe tout ce que qu’il sent ou ce qu’il voit, il apprend à connaître sa peau et son corps, découvre des émotions inconnues et de nouvelles pratiques culturelles. Il connaît aussi l’ennui. Et lit, en particulier Anna Karénine de Tolstoï qui d’abord le séduit, pour aussitôt lui révéler sa part de faux. Puis la figure symbolique de l’écureuil va s’écrouler, entraînant dans sa chute d’autres illusions, et l’espoir de puissance porté par la littérature. Soudain, le mensonge, la perte, l’inquiétude métaphysique le frappent de plein fouet. Non, les mots ne disent pas la réalité…

Si ce court roman a séduit le jury du Prix de la Jeune littérature latino- américaine, qui vaut à son auteur d’être accueilli en résidence à La Marelle, c’est certainement grâce à cette rare lucidité portée par un si jeune auteur : la littérature est le lieu du doute, de l’incertitude et de l’échec. Et le récit publié dans les pages de cette revue, « Écrire », joue de cette même dualité du pouvoir et de la défaite. Pourtant, Felipe Troya se lance avec force sur la voie incertaine de la littérature. Mais parce qu’il n’est pas dupe de ses mirages et de ses pièges, d’emblée, il y excelle.

Pascal Jourdana
Directeur artistique de La Marelle, janvier 2017

 

3 euros – ISSN 2274-3154
Envois courrier et abonnements sur simple demande auprès de La Marelle

 

La première chose que je peux vous dire… est aussi une revue radiophonique, diffusée chaque dernier dimanche du mois sur 88.8 fm Marseille. Une coproduction La Marelle / Radio Grenouille. Voir aussi la page de l’émission.

Écouter la revue sur Radio Grenouille (première diffusion dimanche 22 janvier 2017) 

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