La personne perd en général

ANTOINE HUMMEL

Un projet d’écriture numérique, mi-sérieux, mi-potache, pour établir un corpus articulant les notions de personne et de défaite.
Résidence janvier-février 2018 / Lauréat 2018 de l’appel à projets « Résidence d’écriture numérique » de La Marelle et Alphabetville

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« La personne perd en général » est le nom d’un corpus en cours de constitution articulant les notions de personne et de défaite dans le mou du général, le dur du particulier et le ni mou ni dur des deux.
Un corpus, c’est un ensemble de documents (articles, clauses, propositions, images etc.) organisé en vue de :
     – en savoir plus sur quelque chose,
     – mieux savoir faire quelque chose,
     – rendre partageable un usage de quelque chose.
Comme pour le dictionnaire, l’unité d’un corpus est le « mot » (qu’on appelle « vocable » en général et « occurrence » en particulier : dans « la personne déficitaire est une personne à part entière », il y a deux occurrences du vocable « personne ».) Mais si le dictionnaire est un dépôt, le corpus est une énergie fossile.

L’avantage du corpus sur le dictionnaire c’est qu’il autorise deux modes de lecture :
– un mode « linéaire » (qu’on peut aussi appeler « codiciel » ou « extensif »), par lequel une logique ou une narration se déploie selon ses propres plis ;
– un mode « oblique » (qu’on peut aussi dire « indiciel » ou « intensif »), par lequel un vocable peut être suivi à travers chacune de ses occurrences dans le corpus.

Or quiconque lit régulièrement sur Internet, quiconque fait des recherches en ligne, quiconque en fait travaille à partir de fichiers numériques pratique ces deux lectures — au risque connu, admis, de manquements (scientifiques, narratifs etc.) propres à chacune d’entre elles.
On peut dire : oui mais ça a toujours existé, i.e. les Sommes médiévales. (Et c’est vrai.)
On peut aussi dire : c’est simple, la littérature appelle la lecture linéaire ; les textes recelant du savoir appellent la consultation. (Et c’est un peu simple en effet.)

Les deux modes de lecture se retrouvent dans un mot bizarre de l’anglais, qui est du latin tardif dans ce cas-là : to peruse veut dire à la fois :
– examiner, lire attentivement ;
– parcourir, survoler, lire par bonds, voire un peu au hasard.

« To peruse » est le signifiant de deux duperies de lecture volontaires, décidées, chacune conçue à partir d’un fantasme de saisir, comprendre, voir ce que ça veut dire et où ça veut en venir :
– la lecture attentive-littérale (le tamis fin du mot-à-mot troué en son centre) ;
– le feuilletage, qui flatte le velléitaire par l’entrée kairotique de sa mélancolie (comprendre est une « rencontre »), ou, lorsqu’il s’appuie sur un index, tend à réduire tout problème et toute connaissance à leur dimension lexicale, voire thématique (et bien sûr cette réduction, cette entrée par le « petit bout de la lorgnette », peut être passionnante).

La question de « La personne perd en général » c’est : Que serait, aujourd’hui, un texte idéalement offert à la pratique double du pérusage ? Quelle est l’organisation optimale d’un corpus ouvert à ces deux vitesses de lecture ? Quel code y pourvoirait au mieux ?

À la fin de la résidence, si tout va bien, il y a un site-corpus avec des textes, des images, et un code qui suggère des parcours de lecture au sein du corpus — par exemple :
     – un sens de visite suggéré (ou comme au bas des photos de plats préparés : une « suggestion de présentation ») ;
     – une multitude de parcours balisés à partir d’entrées lexicales, conceptuelles, picturales ;
     – des parcours tangentiels, des lignes de crête, des couloirs extérieurs du corpus principal ;
     – des parcours méandreux qui mènent à des recoins particuliers du corpus, véritables « trésors d’isolement » en terme d’ergonomie web ;
     – des parcours piégés par de l’aléatoire ou par une hypertextualité soudainement déconnante ;
     – des codages suggestifs de paramnésies (déjà-vu, déjà-passé-par-là), qui jouent de redites et de discrètes substitutions pour donner à lire un « corpus de dérivation », introduire du jeu dans le corpus principal, ou simplement nouer puis défaire des « alliances d’intelligibilité » ;
     – une série d’entrées diagrammatiques par orbes, nœuds, superpositions signifiantes sur le modèle des diagrammes de Venn.

Coder ces parcours et leurs embûches revient donc à considérer très attentivement les spécificités des modes de lecture numérique : prévisibilité des actions du clic, attentes liées au système de référence hypertextuel, possibilité de recherche par terme, sans compter la somme d’habitudes induites par les vieux principes ergonomiques plus ou moins sensés (règle des trois clics, principe de Miller, règle de Pareto, loi de Fitts, etc.).

On s’amuse.

 

 

Antoine Hummel est le lauréat 2018 de l’appel à projets pour une résidence d’écriture numérique, organisé par La Marelle et Alphabetville, avec le soutien de la DRAC PACA et en partenariat avec le Centre Régional des Lettres Midi-Pyrénées.
L’objet de l’appel est de concevoir une œuvre littéraire d’un format numérique que les candidats devront élaborer durant une résidence de création d’une durée de six semaines. Retrouvez ici l’appel à projets.